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CHAPITRE V.

Avénement des Romanow. Michel. Alexis.—

Fador.-Régence de Sophie.

Au milieu des factions et des guerres qui désolaient 1613.

la Russie, il était difficile de penser que l'élévation d'un enfant sur le trône des tzars dût mettre un terme à ces calamités. L'histoire est pleine d'événemens qui trompent tous les calculs de la raison et de l'expérience.

La famille des Romanow n'était pas Russe d'origine (1); elle était venue de Prusse, vers le milieu du XIV. siècle: mais elle s'était illustrée par ses services et par ses alliances avec la maison de Rurick. Le père du nouveau tzar, Fodor-Romanow, plus connu sous le nom du Patriarche Philaret, fameux lui-même par ses exploits, avant que la jalousie de Boris-Godounow le jetât dans un cloître, devenu métropolitain de Rostow sous Otrepieff, avait été envoyé pour offrir la couronne moscovite au fils de Sigismond. Il était retenu en Pologne ou comme captif ou comme garant de la foi de ses compatriotes, lorsqu'il apprit l'élévation

(1) Voyez, pour la généalogie des Romanow, l'Histoire de la Russie ancienne de Leclerc, tom. III, pag. 410; l'Antidote, pag. 73; Coxe's Travels, vol. I, pag. 276.

de son fils: il l'avait provoquée. Dans le temps même qu'il venait porter le vœu des boyards à Uladislas, il faisait répandre que cette nomination d'un prince polonais était l'ouvrage d'une faction (1); et tandis que Sigismond balançait pour envoyer son fils à Moscow, les boyards, parjures à leur serment, y plaçaient Michel [Mickaïl] sur le trône.

II se fit, dans cette circonstance, un changement tout-à-fait opposé au goût de la nation, mais dont on a revu depuis un exemple. Les boyards avaient imaginé de prescrire les conditions auxquelles le nouveau tzar devait accepter la couronne (2). Michel n'hésita pas à les jurer; mais il n'en fut pas moins absolu. Son père, sorti de sa captivité et nommé patriarche de Moscow, gouverna l'empire avec lui. C'est sur ce titre que les patriarches qui le suivirent fondèrent la prétention de dominer au conseil et de partager le gouvernement (3).

(1) Mémoires de Stralhemberg, tom. I, pag. 72.

(2) Ces conditions, qu'on voulait d'abord établir sur le modèle des lois de Pologne, étaient, 1.° que le tzar conserverait et protégerait la religion; 2.o qu'il pardonnerait et oublierait tout ce qui était arrivé à son père; 3.o qu'il ne ferait aucune nouvelle loi, et qu'il ne changerait pas les anciennes ; 4.° que, dans les affaires importantes, il ne ferait ni la guerre ni la paix avec ses voisins, de son chef. « Malgré ses pro» messes, dit Stralhemberg, il ne paraît pas que Michel fût, dans la suite, moins absolu que ses prédécesseurs, et lors même qu'il se conduisit par les conseils de son père, qui avait fait dicter ces condi » tions. » (Ibid.)

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(3) Mémoires de Stralhemberg, tom. II, pag. 100 - 106.

Cependant l'élection de Michel n'avait pas terminé la guerre : les rois de Pologne et de Suède persistaient toujours à soutenir leurs droits. S'ils n'eussent été divisés par des prétentions particulières sur leurs propres états, on ne peut calculer quel eût été le sort de la Russie mais leurs dissensions ont fait sa fortune. Après plusieurs années d'une guerre conduite sans art et sans accord, la paix de Stolboff avec la Suède, une trève de quatorze ans avec la Pologne, fixèrent les limites des trois états. Nous en avons parlé (1); mais nous avons omis de faire remarquer que la paix de Stolboff fut conclue sous la médiation d'un ambassadeur anglais, qui fit encore payer son entremise par un privilége exclusif en faveur du commerce anglais dans les états moscovites (2).

Après la conclusion de ces traités, on ne trouve plus rien de remarquable dans le règne de Michel. La Suède et la Pologne avaient oublié leurs prétentions et leur ressentiment, et la Russie respira sous un gouvernement dont elle n'avait jamais éprouvé la douceur. Michel fit alliance avec Amurat IV: il voulait entretenir des relations avec les puissances européennes ; mais il ne fut pour rien dans la grande querelle qui les agitait alors (3). L'Europe allait recevoir

(1) Chap. IV, pag. 81.

(2) Coxe's Travels, vol. II, pag. 223- 225. Le médiateur anglais était Jean Meric, envoyé de Jacques I.cr

(3) Guerre de trente ans.

1645.

une nouvelle constitution politique (1). La Russie ne devait point être appelée à ce congrès général; elle était alors tout-à-fait étrangère au système européen.

A la mort de Michel, Alexei - Mikhailovitch, ou, pour traduire son nom dans notre langue, Alexis, fils de Michel, lui succéda sans trouble, sans opposition, soit que les boyards l'eussent encore élu, soit plutôt qu'ils aient reconnu son droit héréditaire. Alexis, long-temps dominé par un favori ignorant et pervers (2), ne fit d'abord soupçonner ni ses vues ni son caractère. La mort du roi de Pologne, Uladislas, les développa.

Entre les candidats qui briguaient cette couronne, Alexis se montra à la tête d'une armée de cent cinquante mille hommes. Le cortége parut trop pompeux aux Polonais. Il offrait de joindre la Pologne à la Russie comme autrefois Jagellon avait réuni la Lithuanie à la Pologne. Plus l'offre était magnifique, moins elle devait être acceptée (3). Ce royaume, qui naguère était sur le point de donner un tzar à Moscow, n'aurait plus été qu'une province russe. Aussi les nobles polonais, sans égard aux promesses, sans crainte des menaces d'Alexis, élurent Casimir V. Le ressentiment de cette préférence a rempli ce règne de troubles et de

(1) Paix de Westphalie.

(2) Morosow, beau frère du tzar. L'Antidote dit qu'il ne savait ní

lire ni écrire.

(3) Voltaire, Histoire de Pierre-le-Grand, pag. 81.

calamités.

calamités.... La défection des Cosaques de l'Ukraine en fut le premier résultat.

Disons quelques mots sur leur origine. On a vu plusieurs tribus tartares se disputer et occuper successivement ce vaste territoire compris entre la mer Caspienne et le Pont-Euxin, le Dnieper et le Volga. Dans les démêlés sanglans qu'elles eurent à soutenir soit entre elles, soit avec les Turcs, les Polonais ou les Russes, elles se renforcèrent peu à peu de tous les transfuges étrangers qui vinrent adopter leurs manières et leurs habitudes militaires; mais, à mesure que la confusion amenée par l'invasion de Baati - khan se dissipa, et que les monarchies russe et polonaise se fortifièrent, l'existence de ces hordes vagabondes devint moins redoutable à leurs voisins. Alors les Cosaques du Don, qui se trouvaient entre Astrakhan et Moscow, durent naturellement passer dans le système et sous la protection de la Russie, comme ceux qui se trouvèrent plus près du Dnieper devinrent insensiblement les vassaux naturels de la Lithuanie ou de la Pologne (1). Dès-lors, cette branche de Cosaques

(1) Des écrivains, qui ne veulent voir que des Russes dans l'immense empire de Russie, prétendent que les Cosaques sont d'origine russe....; ils tirent leurs principales raisons de l'identité de la religion, et de quelques mots analogues des deux langues. Nous avons déjà dit (voyez page 9, note 1.re) que les Khosars pouvaient bien être la souche des Cosaques d'aujourd'hui. Ce nom peut être dérivé de khosa, chèvre, pour marquer leur vélocité, ou de l'espèce de lance dont ils se servent encore aujourd'hui............ D'ailleurs Constantin Porphyrogénète fait

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