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désapprouver le choix de Fœdor. Au lieu de se jeter dans un cloître, comme faisaient jadis les filles des tzars à ła mort de leurs pères, elle s'était fait un parti parmi les boyards; elle répandit la corruption dans les Streltsis. Bientôt on entend dire que les Nariskin ont fait périr le prince Iwan; la calomnie se propage; les murmures s'élèvent; la sédition éclate; les soldats s'arment en désordre; le peuple se soulève; Moscow est au pillage; le sang ruisselle jusque dans le palais des tzars : le Kremlin est le théâtre de scènes atroces, telles que n'en ont jamais donné ni les gardes prétoriennes, à Rome, ni les janissaires, à Constantinople (1). Épargnons à nos lecteurs ces détails affreux, capables, suivant l'expression d'un écrivain (2), « de faire frémir un audi>>toire de bourreaux. >>

Cette révolte aboutit à faire nommer conjointement Iwan et Pierre tzars, sous la régence de leur sœur aînée, qui, débarrassée des Nariskin, sans opposition et sans contrainte, entre un tzar imbécille et un tzar enfant, prit les rênes de l'État, fit battre les monnaies à son effigie, rendit les ukases en son nom, présida au conseil, et se laissa gouverner elle-même par Wassili Golitzin, son amant (3)...... C'est le premier essai du favoritisme sur les Russes. Il fut heureux. Un chef de

(1) Voltaire, pag. 85 et 87. The state of Russia, by capt. John Perry, pag. 143 et 144.

(2) Leclerc, Hist. de la Russie ancienne.

(3) Mémoires de Stralhemberg, tom. I, pag. 116.

Streltsis voulut remplacer Golitzin, il fut renversé luimême : la rebellion vint expirer aux pieds de Sophie. Golitzin ne s'illustra point par sa conduite militaire ; l'invasion qu'il fit dans la Crimée n'eut d'autres résultats que la perte d'une armée russe: mais son adresse politique ménagea le traité de 1686, continuation de la trève de 1661, qui fut le premier anneau de la chaîne des malheurs de la Pologne (1). L'empereur Rodolphe travailla à en accélérer la conclusion, dans la vue de faire opérer par les Russes une diversion contre les Turcs et les Tartares de Crimée; mais ni la cour de Vienne, ni la république de Venise, ne tirèrent avantage de l'alliance moscovite. La Russie s'étendit jusqu'au Dnieper, et jeta, dans son traité avec la Pologne,

(1) Voici les principaux articles de ce traité, qu'on trouve dans le recueil de M. Koch, tom. I, pag. 198 et 229.- Les duchés de Smolensk, de Sévérie, de Tzernichew, et la ville de Kiow, avec le territoire qui s'étend à un mille de ses murs, resteront en la possession du tzar. Le Borysthène [Dnieper], depuis Kiow jusqu'au pays des Tartares, servira de bornes aux deux puissances. — Art. 3. Dans les lieux cédés par la Russie à la Pologne, et par la Pologne à la Russie, il y aura liberté de conscience, mais sans exercice public pour la religion qui ne sera pas celle du prince; on en excepte pourtant les faubourgs de Kiow et de Smolensk, où les catholiques romains peuvent avoir des églises, &c.

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La noblesse polonaise, dit Rulhières, rejeta d'abord ce traité honteux, et voulut examiner cette affaire avec sévérité : la diète qui suivit, ayant été rompue, une année se perdit; et quand, l'année sui» vante, une autre diète voulut en prendre connaissance, la mort avait » enlevé les deux négociateurs aux informations qu'ils devaient subir. » (Histoire de l'anarchie de Pologne, tom. I, pag. 66.)

les premiers germes de cette querelle des Dissidens, qui fut pour elle un prétexte constant d'entrer dans les affaires intérieures de ce royaume..

L'artificieux Golitzin n'eut pas autant à se féliciter des tentatives, qu'il fit, à cette époque, du côté de la France. Il voulut y envoyer une ambassade solennelle. 1687. C'était l'époque où des conquêtes importantes, des établissemens utiles, des monumens superbes, des chefsd'œuvre dans tous les arts, et une civilisation perfectionnée, élevaient au plus haut degré la gloire de la nation et du monarque. L'académie des inscriptions célébra par une médaille l'arrivée de cette ambassade, comme si elle fût venue des Indes. Mais la barbarie moscovite donna lieu à des scènes auxquelles la France n'était pas accoutumée (1). L'ambassadeur Dolgorouki essuya de violens dégoûts, et Louis XIV ne voulut plus entendre parler des Russes (2).

(1) Voltaire, Histoire de Pierre-le-Grand, pag. 93; Histoire de la diplomatie française, 1.re édit., tom. IV, pag. 383.

(2) Un ministre anglais, fameux par la sagacité de sa politique et la longue durée de son administration, Robert Walpole, a beaucoup loué le refus constant que fit Louis XIV d'entrer en alliance avec la Russie, même sous le règne de Pierre-le-Grand. « On peut, dit-il, et l'on doit » mettre au rang des traits de la politique la plus éclairée, cette con» duite de Louis XIV; il savait que faire des alliances avec une puissance » jusqu'alors inconnue, ou plutôt méprisable, c'était l'éclairer sur l'importance de son existence. Qu'est-ce en effet, entre les souverains, » que s'allier? C'est se communiquer le besoin réciproque qu'on a les » uns des autres. C'était donc, en faisant alliance avec Pierre-leGrand, lui dire qu'il ignorait l'influence que pourrait avoir son

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Pendant que Sophie s'enivrait sans inquiétude des douceurs de la puissance souveraine, Pierre, abandonné aux séductions d'une petite cour composée d'étrangers, prenait avec eux, jusqu'au milieu des débauches, une idée des arts inconnus à la Russie. Des exercices militaires, à la manière des Européens, faisaient partie de leurs divertissemens. Le fort de Genève était l'ame de ces plaisirs. Le génie de Pierre, insatiable de connaissances, écoutait avec avidité les leçons de cet étranger. Les boyards ignorans de la cour de Sophie ne se doutaient pas de l'effet que ces jeux d'enfans allaient bientôt produire. Là se formaient en silence les noyaux de ces régimens de Préobragenskoï et de Semenofskoï, qui se montrèrent depuis, dans tant d'occasions, les dispensateurs de la couronne et les maîtres de la vie des monarques russes.

A mesure que Pierre avançait en âge, il pouvait moins contraindre le dépit de voir le gouvernement entre les mains de Sophie. Bientôt le ressentiment de l'orgueil blessé s'exprima par des reproches; des

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existence sur les intérêts respectifs des états de l'Europe; c'était ou» vrir une vaste carrière à son ambition, et lui décrire le chemin par

lequel il pouvait venir faire pencher la balance. Ce trait de poli

tique, sans doute peu connu et senti par les Français, puisqu'ils n'en parlent point, fera toujours honneur à la mémoire de Louis XIV; » la postérité louera en lui cette sage et éclairée prévoyance qui pé» nétrait jusque dans l'obscurité de l'avenir.» (Histoire du ministère de Walpole, -fragmens rapportés par Leclerc, Hist. de la Russie ancienne, tom. III, pag. 600.)

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éclats scandaleux annoncèrent les scènes funestes qui devaient suivre; enfin, une conspiration réelle ou supposée dénoua ce drame, et mit fin à la régence. Pierre, menacé par une troupe de Streltsis, se réfugia au couvent de la Trinité, asile ordinaire des tzars, dans les révoltes de là il sut intéresser le peuple en sa faveur, armer le reste des Streltsis pour sa causé. Sophie fut aisément jugée coupable ou complice d'une conspiration qui devait la faire régner (1): elle fut renfermée dans un couvent. Son amant Golitzin, exilé à Kargapol, tomba du faîte des grandeurs dans les horreurs de la misère, et les coupables subalternes furent punis avec une sévérité « à laquelle, dit Voltaire, ce » pays était alors aussi accoutumé qu'aux attentats »>, C'est de ce moment qu'il faut dater le règne de

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(1) Cette princesse a été jugée fort sévèrement par les historiens russes. « On ne peut pas s'en étonner, dit l'Antidote; elle a eu contre » elle tous les partisans de Pierre-le-Grand. Cependant, en considérant » les circonstances dans lesquelles elle s'est trouvée, on ne peut lui refuser beaucoup d'habileté.» (Pag. 134.)

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Coxe discute fort au long les torts et les qualités de Sophie, et penche à la croire exempte des crimes dont les historiens russes ont chargé sa mémoire (vol. I, pag. 375). Leclerc dit qu'elle unissait les talens de l'esprit aux vices du cœur. De toutes ces opinions contradictoires, on pourrait tirer un portrait où Sophie ne serait pas de beaucoup inférieure aux souverains dont la Russie s'honore le plus.... Sophie aimait les arts, elle savait plusieurs langues; elle fit traduire le Médecin malgré lui de Molière.... On le représenta dans sa cour, et elle y joua un rôle... Peut-être serait-elle aussi fameuse que Catherine II, si elle eût eu un frère tel que Pierre III.

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