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«1. Ne rien négliger pour donner à la nation' russe des formes et des usages européens; et dans cette vue, engager les différentes cours et sur-tout les savans de l'Europe, soit par des spéculations d'intérêt, soit par les principes philantropiques de la philosophie, ou autres motifs encore, à concourir à ce but.

» 2.o Maintenir l'État dans un système de guerre continuelle, afin d'aguerrir le soldat, et de tenir toujours la nation en haleine et prête à marcher au premier signal.

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3.o S'étendre par tous les moyens possibles vers le nord, le long de la Baltique, ainsi que vers le sud, le long de la mer Noire; et

pour ce,

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4. Entretenir la jalousie de l'Angleterre, du Danemarck et du Brandebourg contre la Suède; au moyen de quoi ces puissances fermeront les yeux sur les usurpations qu'on pourra faire sur ce pays, qu'on finira par subjuguer.

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5.o Intéresser la maison d'Autricheà chasser le Turc de l'Europe, et, sous ce prétexte, entretenir une armée permanente, et établir des chantiers sur les bords de la mer Noire, et en avançant toujours, s'étendre jusqu'à Constantinople.

» 6.0 Entretenir l'anarchie dans la Pologne; influencer ses diètes, et sur-tout les élections de ses rois; la morceler à chaque occasion qui s'en présentera, et finir par la subjuguer.

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7.o Contracter une alliance étroite avec l'Angleterre, et entretenir avec elle des relations directes, au moyen d'un bon traité de commerce; lui permettre même d'exercer une espèce de monopole dans l'intérieur, ce qui insensiblement introduira une familiarité entre les marchands et les matelots anglais et les nationaux, qui, de leur côté, favoriseront tous les moyens de perfectionnement et d'agrandissement de la marine russe, à l'aide de laquelle il faut aussitôt viser à la domination sur la Baltique et sur la mer Noire, point capital dont dépend la réussite et l'accélération du plan (a).

() Il semble que ce soit sur cet article que sir William Eton, le lieutenant-colonel Taylor, et plusieurs autres écrivains anglais, aient fondé leur système, que la prospérité de la Russie ne peut nuire à celle de l'Angleterre. (Tableau de l'empire Ottoman, Lettres sur l'Inde.) L'article 8 qui suit n'est pas tout-à-fait si favorable à la politique anglaise; mais on le voyait dans un avenir plus éloigné.

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» 8.0 Il recommande à tous ses successeurs de se pénétrer de cette vérité, que le commerce des Indes est le commerce du monde, et que celui qui peut en disposer exclusivement est le vrai souverain de l'Europe; qu'en conséquence on ne doit perdre aucune occasion de susciter des guerres à la Perse, de hâter sa dégénérescence, de pénétrer jusqu'au golfe Persique, de tâcher alors de rétablir par la Syrie l'ancien commerce du Levant.

» 9.o Se mêler à tout prix, soit par force, soit par ruse, des querelles de l'Europe, et sur-tout de celles de l'Allemagne ; et pour ce, 10.o Rechercher et entretenir constamment l'alliance de l'Autriche, la flatter dans son idée favorite de prédominance; profiter du plus petit ascendant qu'on peut avoir sur elle, pour l'engager dans des guerres ruineuses, afin de l'affaiblir par degrés ; la secourir même quelquefois, et ne cesser de lui faire secrètement des ennemis dans toute l'Europe, et particulièrement en Allemagne, en excitant contre elle la jalousie et la méfiance des princes.

Nota. «On y parviendra d'autant plus facilement, disait Pierre, que déjà cette maison orgueilleuse a manifesté plus d'une fois l'ambition de dominer sur les anciens états de l'Europe, et qu'à chaque occasion où elle voudra le tenter, nous enleverons quelques bonnes provinces qui cerneront la Hongrie, que nous finirons par incorporer à notre empire, comme un équivalent.

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>> 11.o Choisir toujours parmi les princesses d'Allemagne des épouses pour les princes russes, et multiplier ainsi les alliances par les rapports de familles et d'intérêt, pour augmenter notre influence dans cet empire.

» 12.o Se servir de l'ascendant de la religion sur les Grecs désunis ou schismatiques qui se trouvent répandus dans la Hongrie, la Turquie et les parties méridionales de la Pologne, se les attacher par toutes les voies captieuses, se faire appeler leurs protecteurs, et gagner un titre à la suprématie sacerdotale. Sous ce prétexte, et par leur moyen, la Turquie serait subjuguée; et la Pologne, ne pouvant plus se soutenir, ni par ses propres forces, ni par ses liaisons politiques, viendrait d'elle-même se ranger sous le jong.

» 13.o Dès-lors tous les instans deviennent précieux. Il faut préparer en secret toutes les batteries pour frapper le grand coup et les faire

jouer avec un ordre, une prévoyance et une célérité qui ne donnent plus le temps à l'Europe de se reconnaître. Il faut commencer par proposer séparément, très-secrètement et avec la plus grande circonspection, d'abord à la cour de Versailles, puis à celle de Vienne, de partager avec une d'elles l'empire de l'univers, en leur faisant remarquer que, la Russie étant de fait souveraine de tout l'Orient, et n'ayant plus rien à gagner que ce titre, cette proposition de sa part ne peut leur être suspecte. Il est hors de doute que ce projet ne peut manquer de les flatter et d'allumer entre elles une guerre à mort, qui deviendrait bientôt générale, vu les liaisons et les relations étendues de ces deux cours rivales et ennemies naturelles, ainsi que l'intérêt que seraient nécessitées de prendre à cette querelle toutes les autres puissances de l'Europe.

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l'une,

14.o Au milieu de cet acharnement général, la Russie se fera demander des secours, tantôt par tantôt par l'autre des puissances belligérantes, et après avoir long-temps balancé pour leur donner le temps de s'épuiser, et d'assembler elle-même ses forces, elle paraîtra se décider à la fin pour la maison d'Autriche; et tandis qu'elle ferait avancer ses troupes de ligne jusqu'au Rhin, elle les ferait suivre immédiatement par une nuée de ses hordes asiatiques; et à mesure que celles-ci avanceraient dans l'Allemagne, deux flottes considérables partiraient, l'une de la mer d'Azoff et l'autre du port d'Archangel, chargées d'une partie de ces mêmes hordes, sous le convoi des flottes armées de la mer Noire et de la Baltique : elles paraîtront inopinément dans la Méditerranée et sur l'Océan pour verser tous ces peuples nomades, féroces et avides de butin, et en inonder I'ltalie, l'Espagne et la France, dont ils saccageraient une partie des habitans, emmeneraient l'autre en esclavage pour repeupler les déserts de la Sibérie, et mettraient le reste hors d'état de secouer le joug. Toutes ces diversions donneront alors une latitude entière à l'armée de ligne, pour agir avec toute la vigueur et toute la certitude possible de vaincre et de subjuguer le reste de l'Europe. »

CHAPITRE VII.

Catherine I."-Pierre II.- Anne.-Élisabeth.—

Pierre III.

EN laissant un vaste empire à ses héritiers, Pierrele-Grand leur laissait aussi tout ce qui pouvait ébranler, affaiblir et diviser leur puissance. Sa loi sur la succession, portée en haine d'Alexis, donnait à l'empereur vivant le droit de désigner son successeur, sans égard à la naissance ou à l'ordre de primogéniture. Cette loi, plausible dans la spéculation, en ce qu'elle semblait promettre le trône à celui qui s'en rendrait le plus digne, était, dans la pratique, une source de désordres et de confusion (1). Chez un peuple plus policé, elle aurait sans doute occasionné des guerres civiles: mais, dans une nation où la civilisation n'était qu'à peine ébauchée (2), où le gouvernement passait, par momens, du despotisme à une oligarchie corrompue, cette loi n'entraîna que des révolutions de cour ou des séditions de caserne ; il suffisait de montrer un maître à ces millions d'esclaves prêts à le prendre de toutes mains. D'ailleurs, on peut observer que, par

(1) Montesquieu, de l'Esprit des lois, liv. V, chap. 14.

(2) Coxe's Travels, vol. II. l'Escaut, lettre II.

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Mirabeau, Doutes sur la liberté de

une fatalité singulière, ce Pierre I., si jaloux de la conservation de son ouvrage, ne put lui-même désigner son héritier. Tout porte à croire que, dégoûté de Catherine depuis l'aventure de Moëns, il ne vouHait pas la laisser régner après lui. Au moment de sa mort, et ne pouvant plus se faire entendre, il écrivit d'une main tremblante, Rendez tout à...... (1), et ne put aller plus loin. Ces mots, qui semblent être l'expression d'un remords, qui annoncent une restitution, ne pouvaient désigner l'impératrice; ils semblaient plutôt indiquer le petit-fils d'Iwan, frère, ami de Pierre I.er; ou la malheureuse Eudoxie, sa première femme; ou Pierre II, issu de ce premier mariage, lequel régna après Catherine I. Mais, dans une pareille cour, l'intérêt des premiers courtisans devait prévaloir, et la couronne être le prix de l'audace. Mentschikow avait encore trop à craindre de la vengeance d'Eudoxie: il déclara que Pierre avait désigné Catherine, et il régna sous son nom (2). Sophie avait familiarisé les Russes au sceptre d'une femme.

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On s'aperçut bientôt que le génie de Pierre-le-Grand

(1) L'histoire de cette succession est discutée dans le Voyage de Coxe, Paprès les meilleures autorités (vol. I, p. 504- 509). Des mémoires manuscrits de Magnan, cités par M. Castera, portent que Pierre avait fait un testament, mais que, comme il ne convenait ni à Catherine ni à Mentschikow, its prirent le parti de le faire supprimer.

(2) M. de Rulhières, Hist, de l'anarchie de Pologne, tom. I, pag. 131.

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