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» tions, pendant que celle de Pétersbourg agissait » et faisait jouer tous les ressorts imaginables pour

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→ rompre ses mesures. La guerre ne se déclara que quand la Russie fut plus en état de la faire (1). L'impératrice Anne ne devait pas voir la fin de cette 1741. guerre. Peu de temps avant sa mort, elle avait marié sa nièce Anne avec le prince Antoine-Ulric de Brunswick. Ces jeunes époux semblaient destinés à monter sur le trône. L'impératrice en disposa en faveur de leur fils Iwan; mais cet enfant naissait pour une captivité qui ne devait finir que par une mort tragique. Par le même testament, Biren était nommé régent jusqu'à la majorité du prince. On voit qu'en écartant le père et la mère, il avait voulu régner sous le nom d'un enfant (2).

Le gouvernement d'Anne avait été oppressif et dur comme le génie de Biren; mais il fut constamment heureux. Des étrangers subalternes administraient l'empire sous un maître étranger lui-même, et leur administration n'avait amélioré ni les lois ni les mœurs (3). Anne, affable, généreuse, mais faible, et d'un naturel curieux, ne perdait pas de vue son favori, qui lui

(1) Mémoires de Manstein, pag. 53 et 54. Nous citons ici les propres expressions du général russe. « Dans son manifeste, la Suède prouva, » dit Mably, que la Russie avait violé plusieurs articles du traité de Neystadt.» (Droit public, tom. III, pag. 106.)

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(2) Mémoires de Stralhemberg, tom. I, pag. 230. (3) Williams's The rise, &c., vol. II, pag.

216 et 217.

1740.

racontait toutes les anecdotes de la cour et de la ville, et lui cachait les affaires d'état (1). On a loué ses mœurs, en la comparant aux deux impératrices qui lui ont succédé. Sa cour offrait de la magnificence sans goût, et des profusions énormes sans libéralité (2). On y accueillait les projets les plus extravagans et les plus gigantesques (3). L'ignorance et la vanité nationale y ouvraient un libre accès aux intrigans, aux aventuriers de toutes les nations. Alors aussi les Anglais dirigeaient le commerce et la marine, si toutefois on pouvait appeler un commerce le monopole exercé par les négocians britanniques, et une marine, quelques vieux bâtimens hors de service, presque sans équipages, débris informes de celle que Pierre-le-Grand avait créée moins de trente ans auparavant.

On se serait à peine aperçu de la mort de l'impératrice Anne, si le gouvernement de Biren n'avait été renversé bientôt après par une conspiration que tramèrent ses anciens amis, presque sous ses yeux, dans

(1) Mémoires manuscrits.

(2) Le général Manstein, témoin oculaire des fêtes données à la cour d'Anne, notamment au mariage de sa nièce, donne une description piquante des toilettes, où l'on voyait un accord étrange de richesse, de mauvais goût, de luxe et de malpropreté..., et cela au milieu du XVIII. siècle!!! (Mémoires historiques, &c., tom. II, pag. 63.)

(3) Des mémoires particuliers disent que les projets alors adoptés auraient exigé une dépense de 200,000,000 roubles à l'époque où la Russie n'en avait pas 50,000,000 de revenus.

T'intérieur du palais (1). Il fut arraché de son lit pour être envoyé en Sibérie, et les habitans de Pétersbourg apprirent en se réveillant qu'ils avaient de nouveaux maîtres... Le maréchal de Munich avait tramé ce complot; il devait bientôt éprouver le même sort que Biren. La mère d'Iwan VI, qu'il avait fait déclarer régente et grande duchesse de Russie, se crut assez forte pour braver ses devoirs d'épouse et de mère; elle avait publiquement pris pour amant le comte, de Lynar: elle 'allait se faire déclarer elle-même impératrice, lorsque, dans une conjuration d'une autre espèce (2), on vit Élisabeth portée sur le trône par quelques soldats du régiment de Préobragenskoï (3).

Elisabeth était fille de Pierre-le-Grand et de Catherine I. On se rappelle qu'elle avait été appelée au trône par le testament de sa mère, après Pierre II, si celui-ci mourait sans postérité; mais comment parler de droits légitimes dans cette confusion où les cabales, la corruption, et la loi de Pierre, jetaient la cour impériale! Aussi Élisabeth, malgré les titres qu'elle

(1) Le général Manstein, acteur principal dans cette révolution, nous en a laissé les détails. ( Mémoires, tom. II, pag. 92-109.) (2) Nous regrettons de ne pouvoir donner les particularités de cette autre conjuration. On les trouvera dans le Voyage de l'abbé Chappe en Sibérie, dans ceux de Coxe, dans les Mémoires de Manstein, et dans l'Antidote, pag. 151.

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(3) Elle n'avait avec elle que quatre cents grenadiers des gardes, quand elle entra au palais pour en chasser la régente. (Antidote, pag. 151.)

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avait, ou qu'elle croyait avoir, tranquille tant qu'elle fut libre de se livrer à ses goûts, n'eût peut-être jamais entrepris de détrôner Iwan et sa mère, si elle ne s'était trouvée gênée dans ses plaisirs. Son caractère affable la rendait chère au peuple. Elle s'était attachée à plaire aux gardes : elle avait déjà pris plusieurs amans dans ce corps redoutable. Elle était entourée de gens qui voulaient faire leur fortune, et qui lièrent en sa faveur des intrigues dont ils ne pouvaient sortir que pour monter sur l'échafaud, s'ils ne l'élevaient sur le trône (1). Elle se laissa couronner.

A l'avénement d'Élisabeth, on vit porter des jugemens d'une horrible sévérité contre les personnages les plus distingués du dernier règne de la régente : mais ils ne furent pas exécutés; l'exil remplaça les supplices (2). Le grand duc et la grande duchesse furent renfermés. Le jeune Iwan, détrôné à l'âge de quinze mois, alla déplorer le malheur d'avoir des droits à la couronne, dans une forteresse dont il ne devait plus sortir. La Russie trembla mais elle fut étonnée de ne plus voir couler de sang.

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(1) Un des principaux agens de cette conjuration fut un chirurgien, Français d'origine, nommé Lestocq. C'est lui qui, déjà soupçonné par la régente, et se trouvant à la toilette d'Élisabeth, se mit à dessiner sur une feuille de papier, d'un côté une couronne, et de l'autre une roue, et lui dit ensuite : « Tenez, madame, il n'y a pas de milieu; ou bien » l'une pour vous, ou bien l'autre pour moi. » La révolution eut lieu le lendemain. (Antidote, pag. 151.)

(2) Munich, Ostermann, &c. &c. furent condamnés à être écartelés; mais on se contenta de les envoyer en Sibérie.

Un esprit paresseux, un caractère facile, un tempérament voluptueux, un goût ardent pour les plaisirs, rendaient la nouvelle impératrice incapable d'application aux affaires. Elle devait être gouvernée par ses ministres ; et Bestucheff, Russe de nation, mais élevé à Londres, homme profondément immoral, parvenu à force de bassesses, ingrat envers tous ses bienfaiteurs, ennemi de la France, vendu à l'Angleterre, et disposé à entraîner son pays dans tous les projets qui pouvaient servir son insatiable cupidité (1), Bestucheff fut l'homme qui gagna la confiance d'Éli

sabeth.

Sous un pareil ministre, le système russe ne devait être favorable ni à la France ni à la Suède. Aussi, quoique l'impératrice eût des obligations personnelles à M. de la Chétardie, ambassadeur français, qui avait contribué à la dernière révolution, quoiqu'il fût parti

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(r) Manstein, tom. II, page 312. Voici comme Rulhières dépeint Bestucheff: « Génie vigoureux, mais sans culture, sans morale, sans

» aucun soin de sa putation, ce ministre perdu de luxe comme le

furent tous les courtisans de ce règne. » (Histoire de l'anarchie de Pologne, tom. I, pag. 179.)

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Un écrivain contemporain qui l'a encore mieux connu, en parle ainsi : : « Bestucheff a été mis à la tête des affaires de la Russie par » crédit de l'Angleterre, à laquelle il est dévoué, et dont il reçoit des » pensions. Il avait l'esprit des affaires; mais il ne les dirigeait que par l'impulsion du ministère anglais près de la cour, lequel dictait, le plus souvent, les instructions de ceux que la Russie envoyait dans les » cours étrangères.» (Mém. man,) Voyez ce M. Castera dit de la corruption de Bestucheff, Vie de Catherine II, tom. 1, pag. 101.

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