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le siége de l'empire Russe avait été transporté à Kiow, Novogorod avait recouvré une espèce d'indépendance. Au milieu des agitations qui la divisent et des guerres qu'elle a fréquemment à soutenir contre ses voisins ou contre les princes russes eux-mêmes, elle paraît plutôt choisir que recevoir ses souverains, et son commerce se soutient toujours au milieu des troubles politiques. C'est de sa richesse autant que de sa population que l'on disait dans le Nord : « Qui pourrait s'attaquer à >> Dieu et à la grande Novogorod! » Cette prospérité, ce concours d'étrangers, semblaient annoncer le perfectionnement prochain de la société ; mais une espèce de fatalité y repousse le bienfait ordinaire du commerce.

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Au midi, la Russie se trouvait dans une position encore plus favorable: dès les IX et X. siècles, elle porte ses armes à Constantinople; elle fait des traités avec les empereurs (1); elle établit des communications fréquentes avec les Grecs; elle en reçoit sa religion, la connaissance des lettres, des prêtres, des artistes dans tous les genres: le sang de Rurick se mêle plusieurs fois avec celui des Césars (2). Il semble qu'on va voir

(1) Voyez ceux que rapporte Leclerc, d'après les chroniques grecques, celle de Nestor (Histoire de la Russie ancienne, tom. I, pag. 111 et 124.)

(2) C'est même un préjugé que de considérer les anciens princes russes comme tout-à-fait étrangers à ceux de l'Occident, quoique des circonstances extraordinaires les aient comme mis hors du cercle des puissances européennes. Outre leurs relations et leurs alliances

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éclore en Russie les germes heureux dont Byzance est l'unique dépôt. Quelques princes même, tels que Wladimir et Iarosław, font des efforts sur le caractère national cependant, malgré les encouragemens et les exemples, les arts restent dans les mains des étrangers, les mœurs se corrompent sans se polir (1); le naturel russe semble étouffer la civilisation naissante, ou bien il n'en retire que des pratiques superstitieuses et le goût d'un luxe bizarre associé aux habitudes de la barbarie.

Dans le même temps, une révolution contraire s'annonce à l'autre extrémité de l'Europe. Ces fiers croisés que la voix de la religion éplorée, que l'ardeur inquiète de la gloire avaient précipités sur l'Asie, rapportent du champ de leurs exploits les étincelles du feu sacré qui rallume dans l'Occident le flambeau des arts désormais éteint pour l'Orient. Nos chevaliers ignorans furent éblouis des magnificences de la cour de Constantin; mais leur admiration ne fut point stérile, comme avait été celle des soldats d'Igor ou des

avec l'empire Grec et la Pologne, ils en ont eu avec Rome, où Isiaslaw, chassé de ses états, alla chercher un asile, et même avec Ja France, où une fille d'Iaroslaw vint partager, au XI. siècle, le trône d'Henri I.er (Voyez Hist. de France par Velly, tom. II, p. 383.)

(1) Nous remettons à tracer le tableau des mœurs après la 3.o période, et celui de la religion au chapitre XI de cet ouvrage... Ceux qui voudraient connaître le culte religieux des Slaves, peuvent consulter l'Histoire générale du Nord, de Schloetzer; celle de la Russie ancienne par Leclerc, tom. I, pag. 179-214, &c.

envoyés de Wladimir. L'Italie, la France et l'Allemagne en recueillirent les fruits: bientôt les moeurs se sont adoucies, les arts perfectionnés, les gouvernemens améliorés, et l'espèce humaine ennoblie jouit encore des résultats de cette belle conquête.

CHAPITRE II.

La Russie sous le joug des Tartares (1).

1113. LA mort de W sevolode III, le partage de l'empire

entre ses enfans, l'indépendance affectée par d'autres princes de la maison de Rurick dans leurs petits états, avaient livré la Russie à des dévastations nouvelles; Joury ou George II, à peine en possession de la grande principauté de Wolodimer, avait encore la guerre à soutenir contre les Suédois et les grands Bulgares; enfin, l'anarchie intérieure, le ressentiment des peuples voisins, et sur-tout la faiblesse du prince,

(1) Des écrivains distingués ont cherché à faire adopter des changemens dans le nom de quelques peuples de l'Asie. Ainsi, ils ont écrit Tatars pour Tartares; Moungales pour Mogols; Tchercasses pour Circassiens, &c. La raison qu'ils en apportent, c'est que les noms modernes sont plus près de celui que les nations se donnent dans leur propre langue. Nous n'en contesterons pas la justesse : mais, s'il fallait absolument sacrifier l'usage et même l'harmonie de notre langue aux rigueurs de l'étymologie, alors nous devrions commencer par dire London au lieu de Londres. Mentz au lieu de Mayence, &c., et faire ainsi de tous les noms que nous avons pour ainsi dire naturalisés dans notre langue... Nous ne savons si l'histoire ou la géographie gagneraient beaucoup à ces innovations; mais nous nous permettrons de continuer à nous servir d'expressions qui, depuis si long-temps vulgaires, sont encore plus harmonieuses que les nouvelles, Les écrivains anglais, W. Tooke et le D. Clarke, nous en ont donné l'exemple, et ce n'est pas faute d'érudition qu'ils se sont tenus à l'ancien usage.

faisaient prévoir une crise prochaine, lorsque l'État fut frappé d'une catastrophe terrible: nous voulons parler de l'invasion des Tartares-Mogols (1). Il faut essayer de les faire connaître.

Si l'on tire une ligne irrégulière de l'extrémité septentrionale de la mer Caspienne, d'un côté, jusqu'aux frontières de la Chine, de l'autre, en suivant la ligne des monts Ouralls jusque sous la zone glaciale, on sefera une idée de cette vaste région tout-à-fait inconnue aux Grecs et aux Romains, qu'ils avaient désignée sous le nom de Scythie asiatique, et que les modernes, qui ne l'ont guère mieux connue jusqu'au XVI. siècle, ont nommée presque aussi vaguement la grande Tartarie, immense espace où cent peuples nomades se sont successivement

(1) Nous nous servons d'abord, et pour cette fois seulement, de cette double dénomination, pour éviter l'erreur où sont tombés tous ceux qui ont voulu attribuer cette invasion exclusivement soit aux Mogols, soit aux Tartares, peuples bien différens de race, de mœurs et de langage. Les chefs étaient Mogols, sans contredit; mais une partie des soldats, recrutés par Gengis-khan et ses successeurs dans les pays qu'ils avaient soumis, étaient Tartares : ce fait est incon◄ testablement reconnu.

D'ailleurs, nous ne pouvons donner dans cet ouvrage qu'un aperçu général et rapide sur l'origine de ces deux peuples. Ceux qui voudront des détails, peuvent les aller chercher dans les historiens origi naux tartares, chinois, arabes et persans; dans l'Histoire des Huns, des Turcs et des Mogols, par M. de Guignes; dans les Histoires de Russie de Leclerc et de Lévesque. On les trouve encore éclaircis par une critique judicieuse dans le Tableau de l'empire de Russie par Storch, et dans le Précis de la Géographie universelle, de M. Malte-Brun, 1 vol.

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