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Il honorait sa noblesse par de nouveaux priviléges (1). II se proposait de rendre la liberté aux serfs. Il avait aboli la chancellerie secrète (2) et rappelé tous les proscrits (3). Enfin ce prince, qui, suivant l'expression de Mallet du Pan, n'a peut-être été connu en Europe que par les calomnies de ses assassins, se fit aimer par des qualités populaires (4); mais la mobilité violente de son caractère, les travers de son esprit, gâtèrent les qualités de son cœur, et les écarts de sa conduite démentirent les présages qu'avait fait concevoir la sagesse de ses intentions. Il avait pris Pierre I." pour modèle; mais la prévoyance et l'inflexible caractère de ce prince

(1) Ukase du 18 février 1762.- Voyage de l'abbé Chappe, pag. 190 et 191. L'Antidote donne à entendre, en voulant relever les erreurs de l'abbé Chappe, que les nobles russes ne se souciaient pas d'aller à la guerre. C'est ce qu'on avait vu sous le règne de Pierre I.cr, qui fut réduit à les y contraindre.... Il n'a jamais fallu de pareils édits à la jeunesse française de tous les rangs. (Antidote, pag. 170 - 177.)

(2) Cette chancellerie secrète, établie par Mikhail Alexiowitz, était mille fois plus atroce dans ses procédés que le tribunal de l'inquisition. Un fils pouvait y dénoncer son père, une femme son époux, un esclave son maître. Les accusés étaient condamnés sans être entendus.... Dans d'autres cas, un esclave n'avait qu'à prononcer en public les mots terribles slovo i delo (qui signifient littéralement parole et action, mais dont le sens est, « je vous dénonce criminel de lèse-majesté en parole et en action »), pour que le maître fût condamné à recevoir le knout, quand l'esclave persistait dans son accusation après l'avoir subi lui-même. (Antidote, pag. 188 et 189.)

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(3) « Je jouis à Pétersbourg du spectacle singulier d'y voir réunis » Biren, Munich et Lestoq, dit l'abbé Chappe.» (Voyage en Sibérie.) (4) Coxe's Travels, vol. II, pag. 43.

n'étaient dans Pierre III que l'enthousiasme irréfléchi d'une manie souvent ridicule. De là vient la différence de leur destinée: l'un sans modèle, sans autorité sans moyens, avec une troupe d'étrangers et de jeunes gens, vient à bout d'enlever à sa sœur la couronne qu'elle portait avec quelque gloire; l'autre, dans la maturité de son âge, avec une autorité établie, après des exemples salutaires et des informations certaines, avec des soldats fidèles, et encore à la tête d'une armée, se laisse détrôner par une femme,

CHAPITRE VIII.

Catherine II.

Nous sommes arrivés à la période la plus remar

quable de l'histoire de Russie. La race de Pierre-leGrand est éteinte (1). Une princesse allemande est assise sur son trône. Elle va poursuivre ses projets avec une ardeur infatigable. De la mer Caspienne à l'antique Thulé, de la Baltique aux colonnes d'Hercule, il n'est pas un État dont elle ne doive alarmer la prévoyance ou troubler la tranquillité (2). Chaque année verra naître de nouveaux desseins liés à son plan général; et non moins heureuse par ses intrigues que par la force de ses armes, non moins redoutable par ses ambassadeurs que par ses généraux, elle ourdira, au milieu du désordre, des divisions et de l'anarchie, la trame d'une domination qui menacera toute l'Europe.

Qu'on nous pardonne d'esquisser rapidement cette étrange révolution qui mit Catherine sur le trône sanglant de son époux. La terreur qu'inspirait son ressentiment, ou la flatterie qu'elle soudoyait, ont dérobé long-temps au public l'affreuse vérité de

(1) Voyez l'Appendice, Tableau des souverains russes, n.o I. (2) Mallet du Pan, Du Péril de la balance politique, Londres, 1789, pag. 2.

cette catastrophe (1). Des témoins oculaires osaient à peine la confier à la discrétion de quelques amis au secret de leur cabinet... Mais, malgré les illusions d'une cour brillante et les mensonges d'une renommée trompeuse, Catherine a porté toute sa vie dans son cœur le pressentiment de l'horreur que ce crime devait inspirer à la postérité; et nous ne nous y serions pas arrêtés, s'il n'offrait, à quelques égards, le caractère de sa politique.

Il est singulier qu'on voie presque à la naissance de l'empire Russe, ce qui signale la décadence de l'empire Romain. Depuis Pierre-le-Grand, dans une succession de cinq à six souverains, c'est une troupe de soldats prétoriens qui donne ou retire à son gré la couronne. Catherine, à peine appelée en Russie, vit leur pouvoir, et mit de ce côté toutes ses espérances. Long-temps dirigée par l'influence et les conseils d'un ambassadeur anglais (2), qui fut souvent l'agent ou le

(1) Ceci n'a pas besoin de preuves. Peu d'écrivains ont osé, sous le règne de Catherine II, dire leur sentiment sur la révolution de 1762.

(2) Le chevalier Williams, dont l'immoralité était déjà connue en Pologne. (Tooke's Life of Catherine II, vol. I, pag. 108, 3 vol. in-8.o, London, 1801.)

Cette Vie de Catherine II, par William Tooke, auteur de plusieurs autres ouvrages sur la Russie, n'est souvent qu'une traduction de l'ouvrage estimable de M. Castera. Cependant nous citerons de préférence l'auteur anglais, même quand il n'est que traducteur, parce que ses études particulières et le long séjour qu'il a fait en Russie donnent plus de poids et de garantie pour les faits qu'il raconte ou les opinions qu'il

confident de ses amours, elle conspirait contre Pierre III, long-temps avant qu'il fût sur le trône. En apparence sans crédit et sans pouvoir, en butte à la jalousie ou à la haine d'un époux qu'elle avait mortellement of fensé, elle s'était fait une cour particulière dans la cour d'Élisabeth, des amans dans le

corps redoutable des gardes, et bientôt elle trouva des complices jusque dans le cabinet de l'empereur. En conspirant contre son époux, elle se faisait plaindre comme une victime de sa tyrannie; étrangère dans Pétersbourg, elle caressait la barbarie nationale; ennemie de la superstition, elle s'astreignait scrupuleusement aux pratiques minutieuses de l'église grecque (1). Cependant, ni ses conférences secrètes avec des ministres étrangers, ni ses liaisons avec des factieux, ni ses habitudes intimes avec une princesse intrigante, avide d'honneurs, dar gent et de renommée (2), ni ses menées séditieuses, ni les avis de quelques sujets fidèles et d'un monarque éclairé (3), ne purent éclairer Pierre III sur les dangers

professe. D'ailleurs, il n'est pas inutile d'observer qu'en rendant justice aux connaissances étendues, au jugement éclairé de W. Tooke, l'Annual Register de 1798 lui reproche d'avoir été très-partial envers Catherine, dont l'ambition fut insatiable et les mœurs dissolues, dit le rédacteur. (New annual Register for 1798, pag. 268.)

(1) W. Tooke's Life of Catherine II, vol. I, pag. 203.

(2) La princesse d'Aschkoff.

(3) Frédéric II, voyant l'orage qui s'amoncelait, avait fait avertir Pierre III par écrit et par ses ambassadeurs de penser à lui. Pierre III répondit au roi qu'il n'avait rien à craindre, et à ses ambassadeurs de

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