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1768.

temps pour avoir une réponse du prince Repnin. La sienne parut évasive: on l'envoya aux Sept-Tours, et la guerre fut déclarée (1).

On vit alors une preuve éclatante des ressources innombrables de l'empire ottoman : en quelques mois, cinq cent mille hommes furent rassemblés des extrémités de l'empire, leurs approvisionnemens faits, leur artillerie pourvue; et le drapeau du prophète parut sur les rives du Borysthène.

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L'appareil de ces forces était redoutable, et le trésor ottoman avait de quoi le soutenir. Les Janissaires conservaient encore cette indomptable intrépidité qui avait répandu la terreur de leur nom dans toutes les parties de l'ancien monde. Ils avaient même dans leurs rangs des ingénieurs et des artilleurs français expérimentés mais ils ne pouvaient assujettir leur fougue impétueuse à l'immobilité de la discipline; et la valeur la plus brillante ne put tenir contre le courage mieux dirigé des Russes. Les changemens continuels de plan et de généraux, l'insubordination pire que la lâcheté, corruption pratiquée dans le sein du divan (2), servirent encore mieux Catherine que l'habileté de ses

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(1) La Porte ottomane publia, dans cette circonstance, un manifeste où ses justes griefs étaient exposés d'une manière évidente : l'impératrice essaya d'y répondre, mais ce fut très-imparfaitement; la meilleure réponse à faire était d'évacuer la Pologne. (Williams's The rise, progress and present state of the Northern Governments, v. II, p. 285, 286.) (2) Mallet-du-Pan, Du Péril de la balance politique, pag. 101, 102.

généraux et la résignation stupide de ses soldats (1). Tout inégale que cette lutte paraisse, elle mérite de fixer notre attention, par les passions, les intrigues et les intérêts qu'elle excita, par les variations de la politique et le résultat de ses combinaisons. C'est un spectacle où nulle puissance ne fut désintéressée; c'est l'époque où l'ambition russe fit jouer toutes ses manœuvres. Il est plus intéressant d'en suivre les effets que de développer les détails de la guerre.

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De la part de la Porte ottomane, l'invasion de son territoire avait été l'occasion de la guerre ; mais l'affran→ chissement de la Pologne en était le véritable but. L'impératrice Catherine imagina d'armer les Polonais contre leurs libérateurs ; et la diète, docile à ses ordres, déclara la guerre à la Porte. C'était insulter étrangement au malheur de la Pologne. Cette alliance monstrueuse, pareille au supplice inventé par Mézence (2), ne donnait à Catherine qu'un allié sans force, sans argent, abandonné aux désordres de l'anarchie; mais elle le préparait à la dépendance absolue. Elle n'était donc pas inutile à ses vues.

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(1) Le grand Frédéric donne de cette guerre une idée moins pom peuse que les écrivains de l'impératrice: « Les généraux de Catherine, dit-il, ignoraient la castrométrie et la tactique; ceux du sultan » avaient encore moins de connaissances, en sorte que, pour se faire » une idée juste de cette guerre, il faut se représenter des borgnes qui, après avoir bien battu des aveugles, gagnent sur eux un ascen» dant complet. » ( Mémoires de 1763 à 1775, pag. 39.)

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(2) Mortua quin etiam jungebat corpora vivis. (Virg. Eneid. lib. vIII.)

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Bientôt les armées russes s'étendirent des rives du Danube au Kuban; et quoique le roi de Prusse eût jugé leurs victoires si faciles, il n'en parut pas moins alarmé: il craignit << que son alliée, devenue trop puissante, ne » voulût, avec le temps, lui imposer des lois comme à » la Pologne; cette perspective était aussi dangereuse » qu'effrayante. La cour de Vienne était trop éclairée » sur ses intérêts pour ne pas avoir des appréhensions >> semblables, et le péril les rapprocha (1). »

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Joseph II, assis depuis quatre ans sur le trône impérial, se gouvernait encore par les conseils de MarieThérèse. L'Autriche voyait avec horreur le voisinage des Russes, et leur projet déjà évident de garder la Valachie et la Moldavie. Enfin Frédéric et Joseph avaient reconnu, dans deux entrevues qu'ils eurent à ce sujet, qu'ils étaient « la seule barrière à opposer désor» mais à ce torrent débordé qui menaçait d'inonder l'Europe. C'était le système invariable de Kaunitz (2). Dans cette anxiété politique, la Turquie invoqua les deux puissances comme médiatrices. Mais les négociations traînaient en longueur, et la Russie poursuivait ses succès. D'un côté la Prusse ménageait son allié; de l'autre, l'Autriche devait consulter la France, et toutes deux observaient l'Angleterre. Sur ces entrefaites, M. de Choiseul fut disgracié. Ce mi

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(1) M.moires de 1763 à 1775, par Frédéric.

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(2) Ibid. et Politique de tous les cabinets de l'Europe, mém. de M. de Breteuil, tom. III, pag. 48.

nistre, attaché par sentiment et par prévoyance à la maison d'Autriche, appuyait vivement ses résolutions; il était prêt à les soutenir par la force des armes, en dépit de l'Angleterre. Son éloignement sembla ôter toute énergie au cabinet de Versailles; et celui de Vienne se refroidit (1).

Dans cet intervalle, le prince Henri de Prusse fit un voyage à Pétersbourg; et à son retour, les vacillations de la politique parurent cesser. Le premier partage de la Pologne venait d'être décidé (2).

Il faut soigneusement distinguer, dans cette iniquité sociale, la conception du projet d'avec les résultats. Quand Pierre-le-Grand traçait à ses successeurs la route de la Pologne, quand il leur indiquait le moyen de l'asservir et de la subjuguer (3), il n'imaginait pas que des voisins clairvoyans voudraient intervenir dans le réglement de la succession qu'il léguait à ses héritiers ;

(1) Mémoires de 1763 à 1775, par Frédéric.

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(2) Tableau historique et politique de l'Europe, de 1786 à 1796, tom. I, pag. 44, par M. de Ségur. L'auteur de la Vie de Catherine II rapporte que, dans une des conférences que Catherine II eut, dans ce voyage, avec le prince Henri, elle lui avait dit, en parlant du partage de la Pologne : « J'épouvanterai la Turquie, je flatterai l'Angleterre ; chargez-vous d'acheter l'Autriche pour qu'elle endorme la France. » Ce propos, devenu si célèbre, n'a sans doute été arrangé que d'après les événemens dont il donne une idée peu exacte.... Catherine était trop adroite et trop éclairée pour s'expliquer avec une franchise si laconique et si brusque dans une négociation de cette importance. Cela n'est ni dans son caractère, ni dans sa politique.

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(3) Résumé du plan de Pierre I, pag. 177, art. 6.

1770.

et Catherine elle-même, en mettant Poniatowski sur le trône, en se déclarant protectrice et législatrice de la Pologne, ne pensait pas être bientôt réduite à partager le legs qu'elle voulait peut-être plus tard, mais sans doute tout entier (1). Des troubles imprévus, des contrariétés du moment, une résistance inattendue, et guerre avec la Porte, ort modifié le plan principal; mais il était toujours le même : on attendait de l'avenir l'occasion d'en compléter l'exécution.

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Il n'est pas aisé de déterminer l'époque à laquelle Frédéric-le-Grand tourna ses vues sur la spoliation de la Pologne, ni la part qu'il y prit (2). Ce prince éclairé, si franc sur d'autres matières, n'a pas laissé échapper son secret à cet égard. Sans doute il voyait avec chagrin l'accroissement énorme de la puissance russe: il l'a témoigné dans plusieurs occasions; mais peut-être se flattait-il de pouvoir lui opposer une digue assez forte, par une augmentation de puissance relative. Les électeurs de Brandebourg avaient toujours convoité la partie de la Pologne qui séparait l'ancienne Prusse de leurs posses

(1)'Coxe dit que le roi de Prusse fit la première proposition du partage, mais que l'impératrice y montra d'abord quelque répugnance, parce qu'elle ne trouvait aucun avantage matériel à partager un territoire şur lequel elle régnait déjà, et qu'elle ne s'y résigna que par la crainte que la Prusse ne se joignît contre elle à la Turquie. (Travels into Russia, vol. I, pag. 39 — 42.)

(2) Mallet-du-Pan (Du Péril de la balance politique) dit que le roi de Prusse entra malgré lui dans ce projet : mais les mémoires posthumes de ce prince laissent lieu d'en douter.

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