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engagé dans celle-ci, craignait d'être compromis dans une guerre contre la Prusse, en vertu de son alliance avec l'Autriche. Dans cette crise, la France ne pouvait agir vigoureusement, ni pour la Porte ottomane, ni pour l'Autriche ; sa médiation même était trop faible. La Russie fut donc invitée par Frédéric à s'y joindre; et on la vit figurer comme garante du traité de Westphalie auquel elle n'avait pas concouru : de cette double médiation, résulta pour l'Empire d'Allemagne le traité de Teschen (1), et pour la Russie l'avantage d'entrer plus avant dans les affaires de l'Eu

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Bientôt il s'offrit à Catherine une occasion plus favorable de montrer son influence et sa domination; circonstance singulière où les cabinets de Londres et de Pétersbourg parurent sérieusement divisés pour la première fois, où l'un fut pris dans les piéges qu'il avait tendus, et l'autre fit servir la défense d'une cause générale à l'accroissement de sa prépondérance particulière c'est la plus belle époque de la vie politique de Catherine. Là commence l'examen d'une contestation qui embrase encore les deux mondes ; il faut nous y arrêter (2).

(1) Le traité de Teschen est du 13 mai 1779. Recueil de Martens, tom. II, pag. 1. — Voyez les Mémoires sur cette guerre de 1778, , par Frédéric-le-Grand, ,pag. 221

-290.

(2) Les écrivains ne sont pas d'accord sur les détails de cette célèbre affaire. M. Castera, et sir W. Tooke, d'après M. Castera, en font

« On a cru quelque temps en Europe que le projet d'une neutralité armée était dû au grand Frédéric : c'est l'opinion que M. Fox énonça en 1791 (1). Les Anglais étaient autorisés à accréditer cette erreur; car, outre que la vérité des faits a quelque chose de mortifiant pour un de leurs habiles négociateurs, elle fournit une nouvelle preuve de l'esprit d'intrigue et de discorde que leurs ministres portent dans toutes les cours (2).

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» A la paix de 1763, l'Angleterre crut pouvoir se passer de toutes liaisons continentales par l'ascendant de sa marine; mais la révolution qui se fit tout-àcoup dans ses colonies d'Amérique, l'alliance de la France et de l'Espagne avec les Américains, l'attitude imposante que prirent tout-à-coup ces deux puissances, et le début effrayant de cette guerre, firent alors sentir au cabinet britannique le besoin des alliances continentales qu'il avait négligées; il jeta les yeux sur la Russie.

» Il s'agissait de séparer l'Autriche de la France,

honneur à l'habileté de M. de Vergennes. (Voyez Vie de Catherine, M. Castera, tom. II, pag. 295-304; par par Tooke, tom. II, pag. 484, 405.) Nous avons cru devoir suivre l'opinion d'un écrivain dont l'ouvrage est plus récent, et qui nous paraît mieux informé. Voy. le Memoire sur la conduite de la France et de l'Angleterre à l'égard des neutres, in-8.0, Paris, 1810, pag. 55-82.

(1) Annual Register for 1791. - Débats relatifs aux armemens contre la Russie.

(2) Mémoires du comte de Goertz.

et la Prusse de la Russie que la paix de Teschen avait plus étroitement unies (1). Cette révolution diplomatique demandait un agent habile, actif et délié; et le cabinet de Londres envoya le chevalier Harris (aujourd'hui lord Malmesbury) à Saint-Pétersbourg.

» Le cointe Panin était alors premier ministre. L'alliance de la Russie et de la Prusse avait été son ouvrage; il en voyait les avantages; il avait vieilli dans ces idées et dans cette prédilection. Éclairé sur les intérêts de son pays, en garde contre toute innovation qui pouvait engager la Russie dans une querelle étrangère, il était prévenu d'avance contre une alliance avec l'Angleterre ; aussi le chevalier Harris ne s'adressa-t-il pas directement au comte Panin: il vit dans le caractère de l'impératrice et du prince Potemkin des dispositions plus favorables. Il flatta les passions du favori; il caressa les idées ambitieuses de Catherine sur Constantinople; il lui fit même entrevoir que la cour de Londres ne serait pas éloignée d'entrer dans ses vues. Enfin, à cette perspective séduisanté, Catherine s'était décidée à une alliance et même à une médiation armée, si le comte Panin, qu'il fallait enfin instruire de ce projet, ne l'eût pas combattu par les armes de la raison, de la justice et de la saine politique.

(1) On n'a pas besoin de rappeler l'origine de la froideur qui existait entre les cabinets de Londres et de Berlin: elle datait de la paix de 17631

» Le chevalier Harris ne se rebuta point. On lui donnait à entendre que, dans la multitude des événemens qu'une guerre amène nécessairement, il pourrait s'en trouver dont les circonstances seraient plus favorables au succès de sa négociation.

» Un de ces événemens présagés vint en effet bientôt réveiller les espérances et renouer les intrigues du chevalier Harris. Deux bâtimens russes furent arrêtés dans la Méditerranée par les Espagnols, qui les conduisirent à Cadix, et les confisquèrent avec leurs cargaisons. Catherine, qui suivait avec ardeur les projets de Pierre-le-Grand, et qui se regardait elle-même comme la créatrice du commerce dans ses États, fut vivement blessée de l'inculte faite à son pavillon. Dans le premier mouvement de son indignation excitée par le chevalier Harris et le prince Potemkin, elle fit remettre au chargé d'affaires d'Espagne deux notes qui avaient pour objet d'obtenir satisfaction de sa cour, et envoya ordre à l'amirauté de Cronstadt d'armer, avec la plus grande célérité, une flotte de quinze vaisseaux de ligne et de six frégates, destinée à obtenir, par la force, la réparation qu'on voudrait lui refuser par la voie des négociations.

» Le comte Panin était trop habile pour heurter directement l'opinion de l'impératrice : il affecta donc de partager son ressentiment contre l'Espagne; mais, en l'engageant à le faire éclater, il lui conseilla d'étendre ses vues bien au-delà d'un intérêt particulier et

momentané, lui faisant entendre qu'il appartenait à une aussi grande souveraine de prendre sous sa protection les droits de tous les neutres, méconnus par les puissances belligérantes. Recueillant ensuite tout ce que les conventions existantes et les écrits des publicistes offraient de plus favorable à ces droits, il en forma

plan de neutralité, qu'il présenta à Catherine comme un système qu'elle aurait la gloire d'avoir créé, qui. rallierait tous les peuples autour d'elle, la rendrait la législatrice des mers, et qui la conduirait à faire la paix maritime, comme elle avait fait à Teschen la paix continentale.

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>>Un projet de cette nature ne pouvait manquer, de plaire à l'orgueil de Catherine. » Elle n'avait pas toujours eu ces idées libérales (1); mais dès que ce plan prit à ses yeux l'aspect d'un protectorat universel, elle le saisit avec une espèce d'enthousiasme : elle approuva la déclaration où son ministre avait consigné les principes de la neutralité, la liberté du commerce neutre et la franchise des pavillons (2).

(1) Ce qui porte à le croire, c'est que, vers la fin de 1778, les cours de Copenhague et de Stockholm ayant sollicité la Russie de s'unir à elles pour faire valoir les principes adoptés depuis, le cabinet de Pétersbourg ne fit que des réponses évasives et déclinatoires : il ne pas paraître agir par l'inspiration de ses voisins; et peut-être fallait-il des circonstances pareilles à celles que firent naître les intrigues du chancelier Harris, pour décider le comte Panin. (Mémoire précité.)

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(2) Cette déclaration est du 26 février 6 mai 1780. (V. Recueil

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