Imej halaman
PDF
EPUB

plus compter ni sur l'existence de ses Gouvernemens, ni sur la durée de sa civilisation.

Mais quelle était sur-tout, au milieu de cette catastrophe, la situation de la France alors en proie aux désordres de l'anarchie? Dépouillée depuis long-temps de sa prépondérance continentale, elle venait de perdre sa puissance maritime et ses richesses coloniales: on ne peut contempler sans effroi l'état de faiblesse et d'inégalité relative où elle se fût trouvée, en sortant des transports de la fièvre politique qui la dévorait, sans un concours de circonstances et de succès qu'il était impossible à la prudence humaine de prévoir.

C'était précisément cette révolution terrible qui dérobait alors aux yeux du vulgaire des cours et des nations, les dangers du changement énorme qui venait de se faire dans la balance politique. Les cabinets de Pétersbourg et de Londres profitèrent adroitement d'une erreur générale; c'est de là qu'après tant de froideurs, de mécontentemens mutuels, de négociations qui ressemblaient à des querelles, elles associèrent les intérêts de leur ambition et les projets de leur politique. C'est de ce moment qu'il faut les regarder comme incessamment appliquées à la ruine de la France. D'autres puissances l'ont combattue avec des vues vagues et des moyens différens : c'est dans la ligue anglo-russe que l'on trouve un dessein plus systématique et plus dangereux.

Nul des souverains n'avait annoncé avec plus d'énergie que Catherine le dessein de faire la guerre à la France: dès 1790, en se réconciliant avec le roi de Suède, elle se flattait de lui procurer l'honneur de cette belle conquête (1). Immédiatement après la paix de Jassy, elle parlait d'envoyer une armée sur le Rhin; mais elle n'exécuta point ce projet : elle n'avait alors d'autre idée que de laisser l'Autriche et la Prusse s'épuiser dans une querelle dont elle se flattait de recueillir tous les fruits. Elle était derrière leurs armées, comme on voit des bas-officiers derrière les bataillons russes pour contenir la lâcheté et punir les fuyards. Au moindre signal de défection, elle les menaçait (2) de son ressentiment; et tandis qu'elle paraissait toute attentive à leurs entreprises, toujours avec une armée prête à les seconder, elle était la tète d'un grand corps dont l'Autriche et la Prusse n'étaient réellement que les bras. Elle partageait l'empire du monde avec l'Angle

terre.

La suspension absolue du commerce français en Russie fut le premier sacrifice de Catherine à l'avidité du cabinet de Saint-James (3). Dès ce moment le commerce anglais retrouva en Russie la faveur et les

(1) Tooke's Life of Catherine II, vol. III, pag. 265.

(2) Au moment où le roi de Prusse abandonna la première coalition, elle menaça de le jeter sur le Rhin.

(3) Tooke's Life of Catherine II, vol. III, pag. 355.- Ukases du 8 février 1793; Recueil de Martens, tom. VII, pag. 166, &c.

par

priviléges qu'une politique plus éclairée avait jugés sí nuisibles aux intérêts de cet empire. Alors l'impératrice, sacrif.ant les droits des neutres à des haines passagères, et renversant de ses mains le monument qu'elle avait élevé à sa gloire, jeta le premier brandon d'une guerre inextinguible (1). Bientôt portant, dans la cause des intérêts britanniques, un orgueil qu'elle affectait tout pour la sienne, elle voulut commander à la Suède et au Danemarck de cesser toute espèce de commerce avec la France (2): mais du reste, elle ne fit que des démonstrations hostiles. Douze vaisseaux de ligne qu'elle arma, en 1795, pour prendre part à la guerre maritime, n'arrivèrent dans les ports anglais que pour réparer. Ils n'osèrent se montrer sur les iners; et ses alliés la prièrent de les reprendre (3).

(1) « La convention entre S. M. britannique et l'impératrice de » toutes les Russies, signée à Londres le 25 mars 1793, est le monu>> ment le plus authentique de l'astuce et de l'ambition britanniques. » Par l'article 3, les deux puissances s'engagent à prendre toutes les » mesures qui seront en leur pouvoir pour troubler le commerce de » la France. Par l'article 4, elles s'engagent à unir tous leurs efforts >> pour empêcher d'autres puissances non impliquées dans cette guerre » de donner une protection quelconque, soit directement, soit indi» rectement, en conséquence de leur neutralité, au commerce ou à la propriété des Français, en mer ou dans les ports de France. » (Mémoire sur la conduite de la France et de l'Angleterre à l'égard des neutres, pag. 93, 94.)

[ocr errors]

(2) Notes remises par M. Nodbeck et par le baron de Krudner, envoyés russes, aux cours de Stockholm et de Copenhague. ( Ibid. pag. 95, 96.)

(3) Tooke's Life of Catherine II, vol. III, pag. 375.

A la faveur des grands intérêts que la révolution française mettait en mouvement, Catherine poursuivait son système d'agrandissement. Débarrassée de toute crainte du côté de la France, intimidant la Prusse, encourageant l'Autriche, en accord parfait avec l'Angleterre, elle marchait presque sans obstacle à son but. On assure que, par un article secret du traité de Varela, Gustave III lui avait cédé la Finlande, pourvu qu'elle l'aidât à conquérir la Norwège (1). L'exécution de cette clause avait été différée par les embarras de la guerre de Turquie et de Pologne. Elle fut indéfiniment ajournée par la mort de Gustave III. De là se réveillèrent les anciens ressentimens et les vieilles prétentions. L'envoyé russe voulut faire à la cour du régent, duc de Sudermanie, ce que Rasoumowski avait osé dans celle de Gustave III. II y trouva des traîtres qui voulaient renverser la régence: la publication de leurs papiers et des pièces d'un jugement solennel ont incontestablement prouvé que les conspirateurs, agissant de concert avec l'ambassadeur russe, étaient bien assurés de l'appui de sa souveraine (2). D'après cet éclat, d'après le refus que fit bientôt le jeune roi de Suède d'épouser une princesse russe, au moment où tout était prêt pour la cérémonie du mariage (3), on crut que l'orgueil de Catherine allait

(1) Tooke's Life of Catherine II, vol. III, p. 378.

-(2) Ibid. p. 359.

(3) Ibid. p. 362.

tirer de ce double affront une vengeance éclatante. Mais elle craignit d'alarmer la coalition qu'elle animait contre la France; et d'ailleurs elle s'occupait du soin de compléter sans bruit et sans opposition, par l'intrigue plus que par la violence, l'usurpation d'une province riche et peuplée, long-temps convoitée par ses prédécesseurs, et restée sans suzerain depuis la destruction de la Pologne : nous voulons parler du duché de Courlande et de Semigalle où régnait encore le fils de Biren (1).

Depuis long-temps on inspirait aux nobles Courlandais le desir de passer sous la domination russe : attirés à Pétersbourg par toute sorte de distinctions, de faveurs et de plaisirs, ils préféraient le séjour d'une grande capitale à celui de Mittau, et l'autorité d'une impératrice puissante et libérale à celle d'un duc avide dont ils ne pouvaient oublier l'origine. Les grands étaient séduits par la vanité : le peuple fut gagné par l'intérêt; il menaça les négocians et les propriétaires courlandais de les assujettir, en vertu d'une ancienne convention tirée de la poussière des archives de Livonie, à faire passer toutes leurs marchandises par Riga. C'était sans doute une condition absurde et tyrannique, que celle d'obliger une province maritime, qui avait des rades et des ports, d'aller embarquer ses denrées sur un territoire étranger; mais

(1) Pierre.

« SebelumnyaTeruskan »