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système que le cabinet russe devait défendre : c'était vouloir éloigner les obstacles que la vigilance française mettait aux tentatives du monopole britannique. Dans le même temps, des agens russes qu'on crut envoyés pour concilier les différens, employaient toutes les ressources de la séduction pour suborner des misérables dont la trahison ne pouvait qu'aigrir les esprits et précipiter l'époque d'une guerre sanglante.

Maintenant qu'enfin l'union des cabinets de Londres et de Pétersbourg n'était plus douteuse, le Gouvernement français crut que c'était désormais au premier artisan des discordes de l'Europe qu'il devait adresser ce qu'il avait à dire à la Russie; il répéta cette noble démarche dont l'Angleterre n'a jamais su profiter pour sauver ses imprudens alliés (1). Elle fut encore infruc

» en Russie, à l'exemple de la France: bien entendu qu'il ne pourra » être admis qu'après qu'il aura été reconnu ne pouvoir augmenter, par » ses effets, le préjudice qu'éprouve déjà le commerce de la Russie.

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Combien les expressions d'attachement à l'alliance de Tilsitt, sont faibles et vagues à côté de celles qui défendent les principes du commerce russe! Qui ne sait que, sans avoir de commerce direct, l'Angleterre n'avait besoin que d'un pavillon neutre pour conserver ses liaisons avec la Russie! D'ailleurs il n'est pas besoin d'observer qu'ici le cabinet russe, cédant à des pertes et à des plaintes passagères, entendait bien moins les intérêts du commerce général, que ceux de quelques commerçans. La France aussi a des pertes supporter; mais elle ne veut sacrifier à des considérations passagères ni l'honneur du présent, ni les intérêts de l'avenir.

(1) Lettre du ministre des relations extérieures à lord Castelreagh, secrétaire d'état pour les affaires étrangères de sa Majesté britannique,

Réponse de celui-ci. (Pièces communiquées au Sénat le 3 juillet 1812.)

tueuse. Le cabinet de Saint-James rendit toutes négociations impossibles. Il fallait lui sacrifier les droits que la France défendait depuis dix ans, et pour le maintien desquels elle venait de conclure avec l'Autriche et la Prusse une alliance spéciale (1). Il n'est resté de cette tentative qu'un monument nouveau de la modération française.

Cependant le génie qui préside aux destinées de la France, avait opéré, en quelques mois, ce que la puissance russe préparait depuis deux ans. D'innombrables légions accourues des rives de l'Elbe, du Tage et du Tibre, étaient déjà transportées sur ces bords renommés par leurs précédens exploits. Un rayon de paix parut au milieu de la tempête qui s'annonçait; il fut bientôt dissipé. L'honneur français s'indigna qu'on osât encore exiger l'évacuation d'un territoire occupé en vertu des traités : il était étrange que des alliés de la Carthage moderne, s'érigeant en Popilius (2), voulussent enfermer dans un cercle déshonorant celui que l'expérience devait leur avoir appris à redouter. «< Mais » la fatalité les entraînait; les vaincus avaient pris le

(1) Traités des 24 février et 14 mars 1812. -- Ibid.

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(2) Popilius, député du sénat romain vers Antiochus, roi de Syrie, pour l'empêcher d'attaquer Ptolémée, roi d'Égypte et allié de la république, voyant que ce prince hésitait à lui donner satisfaction, traça avec sa baguette un cercle autour de lui, et lui dit de répondre à la demande du sénat avant de sortir de ce cercle. Antiochus, épouvanté, fit sortir ses troupes des villes d'Egypte qu'elles. occupaient. Valer. Max. liv. VI, chap. IV. Tite Live, 1.43, c. 12.)

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» ton de vainqueurs » (1): la France dut appeler de cette audace à son glaive.

A ce moment terrible où le cabinet de Pétersbourg jeta sa fortune dans la balance des combats, la Russie était arrivée à l'apogée de sa grandeur; ses dernières acquisitions dans l'ancienne Pologne l'avaient rendue plus redoutable au duché de Warsovie, à la Prusse et à l'Autriche; maîtresse de la Finlande, elle avait écrasé la Suède des hauteurs du Caucase elle menaçait également les deux successeurs des Kalifes (2). C'est un phénomène particulier à son histoire, que dans ses revers

(1) Second Bulletin de la grande armée.

(2) L'importance des affaires de l'Europe nous a détournés de celles de l'Asie; mais l'ambition russe ne perdait de vue ni les unes ni les autres. La guerre entreprise contre la Perse, dans les dernières années du règne de Catherine II, avait été terminée en 1797, par le traité de Teflis, en vertu duquel la Russie fut mise en possession des villes de Derbent et de Bakou, d'une partie des provinces du Daghestan et du Schirwan, et de tout le pays situé sur la rive gauche du Kour.

En 1801, après la mort du tzar Georges Irackliewitz, au moyen des intrigues pratiquées en Grusinie, cette contrée était passée, comme la Crimée, du protectorat à la dépendance absolue de l'empire de Russie. (Proclamation du 28 janvier 1801.- Recueil de Martens, supplément, tom. II, pag. 285.)

En juillet 1811, l'État d'Imiret, ou basse Géorgie, a encore été réuni à cet empire, et divisé en six districts, dont chacun est peuplé de trente mille habitans.

Quelques mois auparavant (avril 1811), la prise des forteresses do Poti, d'Anaps et de Sudshukale, avait complété la domination russe şur toute la Circassie, et l'a interposée entre les Turcs et les Persans, de manière à rendre leurs communications difficiles et leur situation périlleuse, (Voyez l'Appendice no III.)

même elle ait encore fait des conquêtes, et qu'en perdant de sa renommée militaire, elle n'ait point cessé d'augmenter sa domination territoriale. Nous en avons aperçu la cause dans l'esprit de sa politique: il nous reste à jeter un coup-d'œil rapide sur son climat, ses provinces, sa population, ses forces de terre et de mer, ses finances, ses institutions, et sur la condition civile et morale de ses habitans. C'est par-là qu'on peut achever 'd'apprécier la nature et les effets de sa puis

sance.

Étendue

de

CHAPITRE XI (1).

État de l'Empire russe au commencement du XIX: siècle.

L'IMAGINATION

'IMAGINATION ne peut contempler sans une l'Empire. espèce d'effroi un empire qui s'étend des mers

du Japon, jusqu'à la Vistule, et du pôle Arctique jusqu'au Phase, qui est deux fois plus grand que l'’Europe, et qui occupe la neuvième partie de la terre habitable (2). Sous ce rapport, il surpasse l'empire d'Alexandre et celui des Césars (3): mais la domi

(1) Sans doute on n'attend pas que nous donnions de grands détails sur la statistique de cet empire. Ce chapitre ne peut remplacer une géographie; mais l'Appendice remplira à quelques égards les vides que nous sommes forcés d'y laisser.

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(2)« L'empire de Russie, dit Storch, s'étend, tant en Europe

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qu'en Asie, depuis le 39.o degré jusqu'au 207. de longitude, et depuis le 42.o 1/2 jusqu'au 78.o de latitude septentrionale. Il comprend donc cent soixante-huit degrés de longitude et trente-cinq » et demi de latitude. » (Storch, Tableau de l'empire de Russie, tom. I, pag. 1. Ce territoire a été augmenté depuis que Storch a écrit son tableau sa longueur est d'environ dix-neuf cent milles d'Allemagne, sa surface d'environ trois cent vingt-quatre mille milles carrés (environ 453,000 lieues).

(3) « Les possessions de l'empire romain s'étendaient l'espace de » trente-deux degrés : la Russie en comprend trente-cinq et demi. » Mais si l'on réfléchit que la domination des Romains s'étendait » sur la plus belle partie de la zone tempérée (depuis le 24.o degré jusqu'au 50.), et que le sol, dans toute cette étendue, était le plus fertile et le plus fécond des trois parties de la terre, cet avantage apparent s'évanouit. » (Ibid. Gibbon's Hist. of the

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fall and decline of the Roman empire. London, in-4.o, vol. I, pag. 33.

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