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nation romaine comprenait les provinces du monde les plus fertiles, les mieux peuplées ; et la moitié des possessions russes offre l'aspect d'une solitude profonde et d'un hiver éternel. Auguste avait recommandé à ses successeurs de ne pas porter plus loin les limites de l'empire (1); Adrien les fixa aux rives de l'Euphrate: mais l'ambition russe, comprimée à l'Occident par la résistance des peuples civilisés, ne s'est pas arrêtée là même où la nature semble repousser l'homme et lui refuser l'existence.

Un tel empire doit offrir des différences prodigieuses dans le climat, l'aspect physique, et dans les productions de ses provinces. Aussi, dans quelques-unes, on jouit d'un air pur, on trouve un sol riche et fertile; et dans toutes les autres, le froid arrête la végétation: la terre, un moment réchauffée, ne rend que des exhalaisons malsaines; des steppes arides, de vastes plaines imprégnées de sel, n'offrent aucun aliment salubre, aucune espérance à l'industrie du cultivateur (2).

Pour déterminer les divers climats de la Russie avec quelque précision, on la divise en trois régions.

(1) Loi de coercendo Imperio. «

(2)« Au-delà du 60.o degré de latitude, la terre est tout-à-fait >> inculte et incultivable; et l'on peut placer sous cette latitude, ou » compter comme tels, environ cent soixante-deux milles carrés géographiques, c'est-à-dire la moitié de la surface de l'empire. (William Tooke's View of the Russian empire, vol. II, pag. 135.)

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Climats.

La première s'étend depuis le soixantième degré de latitude jusqu'au soixante-dix-huitième, région froide, stérile, presque inhabitable, où la rigueur d'un hiver de huit à dix mois fait geler même le mercure, où croissent quelques tristes bruyères, où végète, des produits de la chasse ou de la pêche et sur des marais glacés, une population rare, misérable et comme disgraciée de la nature. Tels sont les gouvernemens d'Arkhangel, de Vologda, de Permie, de Tobolsk, d'Irkoutsk, et même d'une partie de Novogorod et de Pétersbourg. Le contrasté de tant de misère, auprès des pompes de la capitale, offre une image frappante de la nature de cet empire.

Dans la seconde région, du cinquantième au soixantième degré, l'hiver a encore ses rigueurs; mais l'été y produit promptement ses bienfaits; l'air y est généralement pur, le territoire fertile, les forêts superbes: c'est le centre et la force réelle de la puissance russe. Sous cette latitude sont les gouvernemens formés en Livonie et en Pologne, ceux de Smolensk, de Twer, de Woronetz, de Kasan, de Moscow, et sur-tout la fertile Ukraine.

Un hiver doux, pluvieux et court, distingue la région méridionale, comprise entre le cinquantième et le quarante-deuxième degré. Un soleil brûlant y soulève les exhalaisons salines des steppes et des marais; mais y fait croître les végétaux de l'Europe, à côté de ceux de l'Asie. Dans cette région, sont des mines

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riches et des déserts sauvages, des steppes sablonneuses et des pâturages fertiles, les aspérités du Caucase et les vallons de la Tauride.

Il ne faut pas perdre de vue ces trois divisions; il suffit presque de les suivre sur la carte, pour juger de la température de chaque gouvernement. Quelquesuns sont situés dans deux régions; celui d'Irkoutsk s'étend même sur les trois. La température y est modifiée suivant le degré de culture; et dans tout l'empire, on observe qu'elle est plus froide, plus humide, plus malsaine que dans les autres contrées de l'Europe situées sous la même latitude, effet certain d'une civilisation moins avancée (1)..

De cette différence de climat et de température, résulte une variété singulière dans les phénomènes de l'atmosphère, dans les productions de la nature, et dans la manière de vivre des habitans tous ne jouis

(1) Virgilé et Ovide disent que, de leur temps, le vin gelait dans la Thrace, de sorte qu'il fallait le fendre avec des haches. Pline, Pomponius-Mela et Strabon représentent la Germanie septentrionale comme couverte de marais, de lacs et de forêts. Cependant ces contrées ont changé de climat; l'industrie de l'homme y a vaincu la nature..... On ne voit pas encore ce miracle en Russie. On dit que l'intensité du froid y est plus grande, parce que les vents du nord n'y sont point arrêtés; mais le mauvais état de la culture en est fa principale cause, et rien ne donne une idée plus exacte d'un hiver russe que ces vers élégans d'Ovide:

Sæpe sonant moti glacie pendente capilli,·

Et nitet inducto candida barba gelu.
(Ovid. Trist, lib. III, eleg. x.)

Voyez, pour l'étendue des gouvernemens, l'Appendice, tableau n.° II.

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sent pas ensemble du bienfait de la lumière (1). Quefques contrées sont déjà parées des charmes du printems, que toutes les autres éprouvent encore les rigueurs de l'hiver: ici le chameau altéré traverse des déserts arides et brûlans; là, le renne court avec rapidité sur ces plaines neigeuses, dont son pied ne fait sortir, pour sa nourriture, qu'une mousse rare et sans suc. Le Kirghis fait déjà paître ses troupeaux sous un ciel serein, que le Samoïède passe encore de longues nuits et des jours nébuleux dans sa hutte enfumée; enfin la Néva est encore enchaînée par ses glaces, que, sur la fin de son cours, le majestueux Volga voit des fleurs et des fruits précoces embellir ses rivages. Montagnes Une vaste chaîne de montagnes, que les Tartares appelaient la ceinture du monde, parce qu'elle sépare l'Europe de l'Asie, partage la Russie, du nord au sud, en deux parties inégales; d'autres s'étendent entre la mer Baltique et la mer Blanche. Le Caucase, si célèbre dans la mythologie, élève sa tête fabuleuse entre la mer Caspienne et la mer Noire. Les

et fleuves.

(1) Storch et Tooke offrent des détails curieux sur les variations du climat et de l'atmosphère. Nous nous contenterons de donner à nos lecteurs la différence du lever et du coucher du soleil le 10/22 décembre, dans quelques villes de l'empire.

A Astrakhan, le soleil se lève à 7 h. 48 m.; il se couche à 4 h. 12 m.

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monts Altais servent de limites entre la Soungarie, le Thibet et la Chine d'autres chaînes se prolongent par des ramifications régulières dans l'immensité des plaines de la Sibérie, et semblent couronnées par les masses volcaniques du Kamtschatka.

Plusieurs de ces montagnes recèlent dans leur sein des trésors que l'avidité de l'homme n'a pas encore explorés. On trouve dans les monts Ouralls des mines d'or, d'argent, de cuivre, de fer (1), de sel, et des cris→ tallisations brillantes que le luxe seul peut apprécier, et des malachites plus précieuses que les marbres de Paros ou de Carrare. De ces montagnes descendent, dans toutes les directions, des fleuves poissonneux qui vont fertiliser les vastes plaines où l'égalité du sol retarde leur course, forme des lacs et prolonge les bienfaits de la navigation.

C'est une erreur que de regarder toute la Sibérie comme inculte et inhabitable. La partie méridionale offre, depuis le pied des monts Ouralls jusqu'à la Lena, des champs en culture et des steppes où l'herbe croît en abondance: mais plus loin que la Lena, dans cette

(1) Storch évalue le produit général et annuel des mines de la Russie, En or....à 40 Pouds.

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Nature du sol.

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Tableau de l'empire de Russie, vol. I, pag. 384 et 400.

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