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Races diverses.

immense plaine qui s'incline imperceptiblement au nord vers la mer Glaciale, et qui s'élève à l'est par des gradations insensibles jusqu'aux montagnes du Kamtschatka, après le 60. degré, ce ne sont plus que des marais couverts de roseaux ou de mousses; solitudes impraticables, si un hiver éternel ne les couvrait d'une glace épaisse (1).

En deçà des monts Ouralls, dans la Russie européenne, on trouve de belles forêts, des terres mieux cultivées, où croissent les arbres, les grains et les fruits de l'Europe: tels sont en grande partie les champs de la Livonie jusqu'en Ukraine. En descendant vers le PontEuxin, sont des steppes couvertes d'un terreau noir, qui n'attendent, pour être fécondées, que des mains industrieuses; ensuite de vastes pâturages ; et enfin des déserts sablonneux, barrière inutile que la nature semblait avoir posée entre la Russie et la puissance ottomane.

On compte plus de quatre-vingts nations diverses de mœurs, de langage et presque de figure, répandues sur le territoire de cet empire (2). Les géographes prétendent y distinguer quatre races primitives: celle des Slaves, celle des Finnois, celle des Mogols et celle des Tartares. Cette classification offre tous les inconvéniens d'un système, c'est-à-dire des erreurs séduisantes couvertes d'un vernis d'érudition. Ainsi les écrivains statistiques font sortir de la race slavonne les Russes de Novc

(1) Pletscheïff, Tableau abrégé de l'empire de Russie. Moscow, 1796. (2) Storch, vol. I, pag. 4.

gorod, de Kiow, de Moscow et d'Arkhangel ; les Lettes, Lettons ou Lithuaniens; les Polonais, et jusqu'à ces, Cosaques du Don et du Dnieper, dont la constitution militaire semblait faire jusqu'ici des nations séparées.

Entre les peuples de famille fennique, qui ne sont peut-être que des tribus scandinaves déjà connues et désignées par Tacite (1), on comprend, outre les Finnois proprement dits, cette race dégénérée des anciens Troglodytes qu'il faut reconnaître dans les Lapons, et les Permiens, vers le pays d'Arkhangel, peuplade autrefois riche, puissante, et fameuse par le culte antique et le temple d'Yumnala, laquelle passant sous le joug des Russes du XIV. au XV. siècle, a perdu peu-à-peu sa politesse, son caractère et jusqu'à sa langue nationale (2). De là, en s'étendant vers la Sibérie méridionale, on rencontre les Vogoules, les Votiaks, les Tcheremisses, les Ostiaks de l'Ob, et vingt autres peuplades de race fennique, ou mélangée de Tartares et de Russes.

Dans la classe des Mogols, il est facile de distinguer les Kalmoucks, les Soungares, les Bouriates. Quelques auteurs y comprennent les Mantcheoux ou Manjours, dont une seule branche, les Toungouses, occupe le tiers de la Sibérie orientale; d'autres font de ces Mantcheoux une tribu séparée.

(1) De moribus Germanorum, S. 46.

(2) View of the Russian empire, by William Tooke, vol. I, pag. 339-342

Une taille moyenne, mais plus noble, des traits plus réguliers, signalent et font aisément reconnaître les peuples de la grande famille tartare, les Baskhirs, les Kirghis, les Nogais, les Bouckariens, les Tchercasses ou Circassiens, les Géorgiens, et cette foule de hordes vagabondes qui errent sur les côtes de la mer Caspienne et de la mer Noire.

Il est d'autres peuples dont la sagacité, la patience on l'imagination des géographes n'ont pu assigner l'origine, depuis les Samoïèdes répandus sur les côtés de la mer Glaciale, jusqu'aux Tchouktchi placés sur la pointe orientale de notre continent.

Au reste, il faut le dire avec un auteur fort éclairé en statistique (1), les efforts d'un grand nombre de savans n'ont encore pu répandre qu'une faible lueur sur l'origine des peuples de Russie. Pour les classer d'une manière sûre, il faudrait chercher le berceau des races primitives, suivre leurs traces, leurs agrégations ou leur dispersion; et, pour cette étude, on n'a que des traditions vagues ou des systèmes chimériques (2).

Il y a, dans la réunion de tant de peuples divers sous un seul gouvernement, un spectacle plus intéressant pour un esprit observateur. Leur état physique et moral présente toutes les gradations et même les nuances qui conduisent de la barbarie à la civilisation. Là, sont des peuples chasseurs errant dans les forêts,

(1) Storch, Tableau historique et statistique, vol. I, pag. 34. (2) Voyez chap, 1, pag, 2, note i de cet ouvrage,

disputant leur existence aux bêtes féroces, se nourrissant de leur chair, se vêtant de leur peau. Ceux qui vivent des produits de la pêche sur les bords des fleuves, sont d'un naturel moins sauvage; mais ils sont, comme les peuples chasseurs, sans aucune notion de propriété, de morale et de religion. Après eux viennent les peuples pasteurs, que nourrit le lait de leurs nombreux troupeaux. Ils voyagent avec leurs tentes; ils ignorent nos arts et nos besoins : ce sont encore les anciens Scythes. D'autres, toujours en état de guerre, ne vivent que de butin et de rapines, aux dépens de leurs ennemis ou même de leurs maîtres; il faut un vaste champ à leurs brigandages. Après ces peuples pasteurs ou guerriers, à mesure qu'on approche de l'Europe civilisée, on voit enfin tracer le sillon de la charrue laborieuse; on entend retentir le marteau du robuste forgeron, et de loin en loin s'élèvent au milieu des chaumières, les palais et les cités où le commerce réunit les productions des contrées les plus lointaines, où les arts déploient leur magnificence parmi les restes hideux de la barbarie : nul autre pays ne peut offrir un pareil tableau.

L'aspect physique de ces peuples présente des variétés prodigieuses: leur taille, leurs traits, leur physionomie, diffèrent comme leurs moeurs, leurs vêtemens et leurs armes. Quel contraste entre la figure plate, jaune et sans barbe d'un Kalmouck, et l'expression animée et le vif incarnat du Slave polonais; entre la

opula

tion.

grosse tête, la corpulence ramassée du Samoïède, et les traits mâles et la taille dégagée d'un vrai Tartare! Cette disparité physique est un obstacle éternel à leur

union.

A cet aperçu de la grandeur de l'empire et de la multitude des peuples qui l'habitent, et sur-tout aux descriptions mensongères dont quelques auteurs ont flatté l'orgueil des russes, of serait tenté d'adinirer la nature du gouvernement qui peut contenir tant de nations sous le même sceptre, et de craindre l'accroissement d'une population qui trouve sur son territoire toutes les productions nécessaires à la vie. En examinant les choses de près, on reviendra de sa terreur ou de son admiration. Le nombre des habitans de l'empire est excessivement petit, relativement à sa prodigieuse étendue (1).

Au commencement du dernier siècle, on n'avait que des idées confuses sur cette partie de la puissance russe le génie de Pierre-le-Grand devait en apprécier l'importance. Il ordonna, le premier, ces dénom-' bremens ou révisions qui se sont renouvelés, depuis son règne, à peu près tous les vingt ans. Comme ils n'avaient d'abord pour but que de faciliter la répartition de l'impôt personnel ou capitation, ils comprirent seulement la partie de la population qui est sujette à ces charges, c'est-à-dire les bourgeois, les mar

(1) Busching, Géographie universelle, tom. II, pag. 15.

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