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Gouvernement.

des révoltes, des maladies pestilentielles, des famines, des émigrations, des habitudes morales vicieuses, un régime malsain (1), une économie rurale grossière, une mauvaise administration intérieure, la rigueur du climat, la disparité des nations, la condition misérable des individus, et la répugnance invincible des peuples nomades ou chasseurs pour l'agriculture. Mais ces obstacles peuvent être écartés ou modifiés ; et en admettant que la population russe ne dût s'accroître que dans la proportion qu'elle a suivie depuis le règne de Pierre-le-Grand, elle offrirait toujours dans l'avenir une perspective menaçante (2): c'en est assez pour tenir les puissances européennes dans un effroi salu

taire.

Il se présente d'abord à l'esprit, qu'une population composée de tant de nations diverses de mœurs, de langage et de religion, et répandue sur un territoire si vaste, ne peut être contenue que par le gouverne

(1) Busching, Storch, W. Tooke, attribuent la faiblesse de la population, sur-tout à l'ivrognerie. (Voyez art. Maurs.)

« Les femmes russes sont fécondes, dit un voyageur moderne: on » aura de la peine à concilier ce fait avec la dépopulation du pays; » mais le régime des bains que les enfans prennent au berceau, la » transition subite du chaud au froid, l'usage immodéré des liqueurs fortes, le scorbut, les maladies vénériennes, toutes ces causes con» courent à faire périr les trois quarts des enfans, et il n'est pas rare » de voir une femme, mère de dix enfans, n'en conserver qu'un ou » deux. » (Voyage de deux Français dans le Nord, vol. IV, pag. 267.) (2) La population pourrait doubler dans l'espace d'un siècle.

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ment le plus absolu, le plus illimité. Tel est en effet le gouvernement russe, dans toute la rigueur de l'expression (1). Malgré les institutions de Pierre I." et de Catherine II, il conserve encore des formes plus asiatiques qu'européennes (2): il reste, il est vrai, dans les assemblées provinciales de la noblesse (3), quelques traces des droits que les anciens boyards s'étaient arrogés dans l'intervalle de l'extinction de la race de Rurick, jusqu'après l'avènement des Romanow; mais ces droits réduits à de vaines formalités ne reparaissent que dans des conspirations (4). Il n'y a ni États de l'empire, ni diètes ni pouvoir législatif séparés de la personne du souverain (5). Le sénat dirigeant n'est qu'une cour supérieure de judicature ; en un mot, il n'y a ni lois fondamentales écrites, ni barrière entre la couronne et le peuple mais là,

(1) Instruction pour la formation d'un Code de lois, section IX. — Williams's The rise, progress and present state of Northern Governments, vol. II, pag. 289, &c. &c.

(2) Voyage de deux Français dans le Nord, tom. IV, pag. 280. (3) Ukase du 21 avril 1785.

(4) Voyage de deux Français dans le Nord, tom. IV, pag. 59-62. (5) W. Tooke's View of the Russian empire, vol. II, pag. 185-186. Schloëtzer dit qu'il n'y a dans cet empire que deux fois fondamentales, « le pouvoir illimité et le droit héréditaire. » L'histoire nous a prouvé qu'on peut les réduire à une seule : la seconde n'a pas toujours été respectée; les Russes ont un vieux proverbe qui peut exprimer l'idée qu'ils ont de l'autorité et du caractère de leurs monarques: blisko tzare, blisko smerti; ce qui veut dire mot à mot, proche du tzar, proche de la mort. (L'Antidote, 1770, pag. 88.)

Condition des

comme dans les cours despotiques de l'Asie, on a vu, plusieurs fois, une conjuration éclater dans l'enceinte du palais, le souverain détrôné, l'ordre de succession interrompu, et le système du gouvernement détruit en quelques heures (1).

Sous cette domination absolue, les sujets sont divisés sujets. en quatre classes, susceptibles elles-mêmes de subdivisions.

La première est celle de la noblesse qui peut s'acquérir par droit héréditaire, par la faveur du souverain, ou par l'exercice des emplois qui la donnent, après une Noblesse, ou deux générations. Les priviléges accordés aux nobles par plusieurs souverains, mais sur-tout par l'ukase du 21 avril 1785, sont la faculté de voyager dans les pays étrangers, de quitter le service militaire, de posséder des terres et des esclaves, de disposer librement de leurs biens, de n'être sujets ni à l'impôt personnel, ni aux punitions corporelles, de n'être jugés dans les affaires criminelles que par des nobles, de n'être dégradés que par l'autorité du souverain, de ne pouvoir être poursuivis pour des crimes commis dix ans avant qu'ils en soient accusés, de pouvoir fabriquer de l'eau-de-vie pour leur consommation, &c. Les nobles russes sont très-vains de ces priviléges que le caprice de leur souverain rend souvent illusoires (2).

pag. 289.

(1) Williams's The rise, &c. vol. II,
(2) Voyage de deux Français dans le Nord, tom. IV, pag. 59.

Ils

Ils ont des assemblées provinciales qui ne sont pour eux que des occasions de ruine ou de débauche (1). Plus fiers que ceux d'aucune autre nation, de l'ancienneté de leur origine, hautains avec les étrangers (2), ils sont cependant assujettis à des préséances qui blessent chaque jour leur orgueil.

A la cour, à la ville, dans les assemblées publiques ou particulières, la supériorité du rang ne se mesure que sur la différence du grade militaire, qu'on peut obtenir sans avoir jamais servi (3). D'après cette loi, d'abord imaginée pour punir l'insubordination ou la lâcheté des boyards qui refusaient d'aller à la guerre (4), le fils d'un bourgeois ou même d'un mougik affranchi doit, s'il a obtenu le grade de major, prendre le pas sur le descendant d'un kniaz du temps de Wladimir I.cr (1) Ibid.

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(2) « La première question sur un étranger est pour s'informer s'il » est noble, s'il l'est depuis long-temps, quel est son père, quelle est » sa mère, &c. Si malheureusement l'individu est d'une famille in» connue, s'il n'a pour lui que de l'esprit, des talens, des connais»sances, des qualités recommandables, sans quelques degrés de noblesse, il est reçu très-froidement, expulsé souvent sur le plus léger prétexte, et jugé inhabile à tout: on le traite même [toujours en » son absence] de polisson, de gredin, &c. car les Russes sont très» prodigues d'expressions encore plus grossières, &c.» (Voyage de deux Français dans le Nord, pag. 53.)

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(3) Les grades militaires se donnent indifféremment à des savans, à des artistes, à des commis; quelquefois même on a vu figurer sur la liste de l'armée, des femmes de chambre, des coiffeurs, &c. (Mémoires secrets sur la Russie.)

(4) Sous Foedor. Voy. pag. 120 de cet ouvrage.

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Clergé.

qui n'aurait que le grade de capitaine. C'est le grade qui détermine le nombre de chevaux qu'on peut avoir à sa voiture (1), et la place qu'on doit occuper dans un cercle; en sorte que la noblesse récemment acquise est peut-être la seule qui ait une existence réelle (2): c'est une institution toute particulière à cet empire.

Le second ordre de l'État est le clergé, qu'on distingue dans l'église grecque, comme dans l'église romaine, en clergé régulier et séculier, supérieur et inférieur. Nous avons parlé de l'établissement et de la suppression de la dignité de patriarche. Depuis que Pierre I. l'a définitivement abolie en 1719, toute son autorité a passé au synode, dont l'empereur est président.

Des archevêques, des évêques, des archimandrites ou abbés, sont les premiers dignitaires de l'église grecque; on les tire de l'ordre des moines. Les papas ou popes desservent les paroisses, et sont au dernier rang. Le clergé régulier possédait autrefois des biens immenses; l'impératrice Catherine les a réunis à la couronne.

(1) Les officiers, jusqu'au capitaine, vont à deux chevaux; le major, jusqu'au colonel, à quatre; le brigadier, jusqu'au lieutenantgénéral, à six, &c. (Voyage de deux Français dans le Nord, tom. IV, pag. 37-38.)

(2) Ici un noble n'est rien; le grade qu'il a dans l'armée détermine seul son rang dans la société. Ainsi, j'ai vu un médecin aller à quatre chevaux en qualité de major; un apothicaire au service de la cour a le rang de capitaine, ses deux apprentis celui d'enseigne, &c. &c. (Schloetzer, Briefweschell 1781.)

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