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Quant à Wassili II, qui régnait alors, il ne fit que changer de suzerain. On nomme un nouveau khan, auquel il paye un nouveau tribut; ensuite Tamerlan se retire, et sa retraite passe encore pour un miracle chez les Russes (1).

Dès long-temps les dissensions des Tartares avaient signalé la décadence de leur empire (2); ici leurs querelles prennent un caractère plus dangereux. Le khan nommé par Tamerlan est chassé par le fils de Tacktamich, qu'un autre chasse à son tour. Dans cette confusion, la puissance tartare n'existait plus que par l'effroi qu'elle inspirait aux princes russes, et l'on est indigné de les voir, dupes de la politique artificieuse des Tartares, aveuglés par une ambition servile, se dévouer avec la même bassesse aux affronts que leurs aïeux avaient dévorés. Ainsi la mort de Wassili II ramena le même scandale pour le le partage de la succession, des débats entre un oncle et son neveu, un procès plaidé à la grande horde, et mille intrigues odieuses pour obtenir le suffrage du khan. Il fut favorable au neveu; mais Wassili III n'en fut pas moins obligé de continuer la guerre contre son oncle, et, après la mort de celui-ci, contre ses

(1) Hist. de Russie, par Lévesque, tom. II, pag. 247.

(2) Trente ou quarante ans après l'établissement de la grande horde, elle s'affranchit de la suzeraineté du Grand-Mogol; c'est le signal des divisions. Nogai se rend indépendant vers la fin du XIII. siècle. A la suite d'autres querelles, il s'établit trois khans particuliers; l'un en Crimée, l'autre à Kasan, le troisième à Astrakhan : mais ils reconnurent la supériorité du khan de la grande horde jusqu'à sa destruction.....

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cousins. Tour-à-tour vainqueur et vaincu, il fit crever les yeux à son cousin Kossoy, et reçut ensuite le même traitement. Replacé sur le trône, il régna, dans ce triste état, près de seize ans. Sa vie n'avait été qu'un enchaînement de malheurs, de troubles et de vicissitudes singulières.

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Il était réservé à son successeur de recueillir les avantages que la fortune avait ménagés à la Russie, comme malgré ceux qui la gouvernaient. Plusieurs familles apanagées s'étaient éteintes durant les derniers troubles; d'autres avaient été dépouillées par la violence. La réunion de leurs domaines avait rendu la puissance du grand prince formidable à ses vassaux. Dans les discordes des Tartares, il ne manquait à la Russie qu'un chef qui connût sa force, et qui sût profiter de leur faiblesse : Iwan III parut, et la Russie fut affranchie.

A peine sur le trône, il mesura la carrière qu'il avait à parcourir; il vit le but et y marcha sans se détourner, avec cette volonté ferme et cette inflexibilité de caractère qui assurent enfin le succès. Les Tartares de Crimée venaient d'attaquer ceux du Kaptschak; il marche à Kasan et rend Ibrahim-khan tributaire. Les citoyens de Novogorod se disputaient les restes d'une liberté orageuse; les uns voulaient Iwan pour souverain, les autres appeHaient le roi de Pologne comme protecteur.... Iwan prévient la guerre civile par une incursion subite. II envoie les plus riches citoyens peupler d'autres villes ; il punit les turbulens; enfin il soumet pour toujours

cette fameuse cité, qui avait donné tant d'embarras à ses prédécesseurs. On prétend qu'elle pouvait armer deux cent mille hommes: on peut le croire à l'impor ́tance des guerres qu'elle a soutenues. Mais, dès qu'elle fut soumise, sa population s'affoiblit, son commerce décrut, sa renommée tomba; on ne dit plus d'elle : Qui oserait s'attaquer à Dieu et à Novogorod la grande ! »

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Iwan III n'avait pas achevé cette conquête, lorsque parurent à sa cour des envoyés d'Akhmet-khan pour lui demander le tribut et l'hommage. Iwan prend le basma, c'était l'ordre scellé du grand sceau tartare; il le déchire, le foule aux pieds, et fait égorger tous les députés qui l'avaient apporté, à l'exception d'un seul qu'il charge d'aller dire à son maître le cas qu'il fait de ses ordres. La première action était d'un héros, l'autre d'un barbare; mais cette fois elle sembla justifiée par la victoire. En vain Akhmet assemble des forces immenses pour en tirer une vengeance éclatante : la terreur avait passé, comme la discorde, des Russes chez les Tartares. Akhmet est vaincu dans plusieurs rencontres. Tout-àcoup il apprend que les Russes ravagent la grande horde; il court défendre ses foyers. L'armée russe avait disparu, mais il y trouve de nouveaux ennemis; ce sont les Nogais accourus pour partager les dépouilles du vaincu. L'infortuné Akhmet fait le dernier effort du désespoir : il perd la bataille, l'empire et la vie. Ainsi la grande horde finit. Elle avait été fondée en 1237,

elle est détruite en 1475, et la Russie ne se trouve complétement délivrée que par le secours d'une tribu de ces mêmes barbares (1) qui l'avaient asservie. Arrêtons-nous à ce jeu bizarre de la fortune.

(1) Nous nous servons ici d'une' épithète que les préjugés et l'habitude autorisent peut-être plus que l'examen réfléchi des faits et l'observation impartiale du caractère des nations. Sans doute que si nous comparions les mœurs, les usages, les connaissances des Tartares, à l'époque de leur domination, avec ce qu'étaient alors les Russes, et même avec ce qu'ils sont aujourd'hui dans presque toutes les provinces de ce vaste empire, nous trouverions que ce ne sont pas les Tartares qu'il faudrait appeler barbares (a): car enfin, oublions pour un moment les violences de leur première invasion, et nous trouverons dans la conduite des khans du Kaptschak autant de bonne foi, de modération, d'équité, que nous avons vu de cupidité, d'ambition, de perfidie et de férocité dans la conduite des kniaz ou princes russes. L'intérêt de ceux-là leur prescrivait d'entretenir la discorde entre ceux-ci : mais, il faut le reconnaître, on voit presque toujours la justice et la générosité dicter les jugemens de la grande horde aux princes qui viennent les solliciter..... Ils auraient pu s'emparer de la domination absolue, ils se sont contentés d'avoir des vassaux; ils ont respecté les mœurs, les lois, la religion des vaincus. Ils ont commis des cruautés; mais les princes russes leur en avaient donné l'exemple, en massacrant deux fois leurs ambassadeurs.... Dans le reste de leur conduite, étaientils plus humains que les Tartares? Leur histoire dépose contre eux (b). Quant à la civilisation, tout prouve qu'elle était fort supérieure chez les Tartares.

« On trouve encore, dans les pays habités par les Tatars-Mongols, dit Storch (c), de fréquens monumens de leur ancienne grandeur, de >> leur magnificence et de leur civilisation : quelques-uns ont plus de > mille ans d'antiquité; souvent on foule aux pieds des ruines de ces

(a) Voyez le Tableau que le baron d'Herberstein en fait. (Rer, Moscovit. Com. p. 66)* (b) Leclerc, Hist. de la Russie ancienne, tom. II, pag. 98.

() Tableau de l'empire de Russie, tom. I, pag. 165.

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» villes, dont les débris dispersés prouvent les progrès des arts chez une »nation que nous traitons communément de barbare. On voit encore plus fréquemment des tombeaux dont les inscriptions servent à nous » donner des éclaircissemens sur l'histoire de ce peuple, et qui nous » fournissent des preuves intéressantes de son goût et de son induspar les bijoux et les ustensiles qui s'y sont conservés. Ces objets » tiennent aux progrès de la civilisation.

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Que ces objets aient été fabriqués par des ouvriers tartares ou par des Européens attirés à la cour des khans, comme Muller et Coxe le prétendent (a), ils annoncent toujours un goût bien supérieur à celui des Russes; et, dans cette hypothèse, on ne peut s'empêcher de faire une réflexion. Nous avons vu les Russes résister à l'influence des Grecs; la lumière des sciences et des arts n'a pu pénétrer chez eux avec la religion; maintenant, deux cent cinquante ans de mélange avec les Tartares n'ont pas encore changé l'âpreté de leurs mœurs, ne leur ont donné aucun des arts du vainqueur (b). Ainsi la Russie ne gagne jamais rien à ce qui fait des révolutions heureuses chez presque tous les peuples.

(a) Coxe's Travels into Russia, &c. London, in-4., 1785, vol. II, pag 127.

(b) Nous nous trompons : ils en ont pris la manière de préparer les cuirs dits de Russie, ou plutôt de Roussi.

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