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Que l'on suppose l'Europe reposée de ses dissensions, et partagée entre quelques grands États, faisant un équilibre apparent de puissance positive, il est douteux que la France, au degré de gloire où des succès si prodigieux l'ont portée, après des exploits et des conquêtes qui ont fait oublier les merveilles de l'antiquité, pût retrouver l'existence solide et la sécurité politique qu'elle avait acquise au traité de Westphalie, si, dépouillée de toute influence maritime et de tout intérêt commercial, elle souffrait une alliance qui serait une véritable conspiration contre l'indépendance et la prospérité future des nations attachées à son système.

Des politiques à courte vue calculent les chances de l'avenir sur des circonstances si glorieuses, mais si rares, où l'énergie d'une nation belliqueuse est mise en mouvement par un génie supérieur. L'esprit exercé juge des nations et des hommes dans le cours ordinaire des choses. Il n'espère pas que la nature enfante tous les jours des héros il faut des hypothèses plus raisonnables à ses spéculations.

:

On ne voit pas que, comme la France, la Russie ait jamais eu la sécurité pour objet dans le cours de ses conquêtes, ni qu'elle ait cherché des limites naturelles, ni qu'elle ait voulu former un système d'alliance ou de fédération si favorable à la stabilité des États: elle n'a tendu, même dans ses revers, qu'à l'accroissement d'un empire déjà d'une extension démesurée ; elle n'a fait servir son influence que comme un Ggz

moyen d'arriver à la domination directe; elle a poursuivi sans relâche, sur l'Europe et l'Asie, le système antifédératif que l'Angleterre a complété sur l'Océan, tandis que la France formait laborieusement le faisceau du père de famille.

Depuis plusieurs années, l'horizon de la France n'offre plus de nuages. Sous l'égide qui la couvre, elle respire, elle se rappelle à peine et ses revers et ses malheurs; il semble que ce soit de sa volonté què l'univers doive recevoir la paix : et cependant, si cette paix n'était fondée sur des bases solides, si la France victorieuse n'y trouvait la garantie de ses droits, elle s'endormirait sur un abîme couvert de fleurs.

Que plusieurs années de repos laissent briller avec moins d'éclat l'immense gloire qu'elle vient d'acquerir, les nations que des périls communs avaient réunies autour d'elle, seront insensiblement séparées ; des intérêts particuliers, excités par des intrigues étrangères, ameneront des dissensions, tandis que la Russie et l'Angleterre, marchant au même but, se retrouvent toujours sur la même route et dans un système invariable: celle-ci aura réalisé le rêve de son ambition; celle-là, un moment forcée de ralentir sa marche et de dissimuler ses desseins, n'aura rien perdu de sa force ou de ses moyens; elle sera toujours à l'orient comme un nuage qui recèle les tempêtes, tandis que les flottes britanniques tiendront l'occident dans la terreur; l'une continuera de fournir à l'autre les

instrumens de la ruine et de l'abaissement des nations et toutes les deux enceindront l'Europe des chaînes du monopole et de la barbarie..

A l'aspect de cet avenir, dont les victoires de la France n'auraient fait que reculer les dangers, la pensée cherche avec avidité les combinaisons qui peuvent Jes détourner. Après avoir considéré avec tant d'effroi les progrès de deux puissances qui n'ont point encore de limites, elle demande s'il n'est pas donné à celui qui a déjà conjuré tant d'orages, de relever une barrière derrière laquelle les nations de l'Europe puissent enfin jouir avec sécurité de leurs droits, de leur commerce et de leur civilisation. Nulle guerre ne pouvait avoir un but si noble, un objet si important: nul sacrifice ne saurait payer ce bienfait.

Mais, tandis que l'imagination des politiques s'égare en vaines spéculations, le génie du grand Empire accomplit ses destins; et le tableau que nous tracions tout-à-l'heure pour inspirer aux peuples une terreur salutaire, ne leur laissera bientôt que le sentiment de l'admiration et de la reconnaissance. Son glaive venge les injures faites à l'Europe civilisée. L'aigle française a déployé ses ailes sur les flèches dorées du palais antique des tzars. On ne verra plus les farouches enfans du Nord menacer nos campagnes, nos cités et nos arts: déjà ils ont fui la terre fertile qu'ils avaient désolée. Bientôt ils maudiront l'alliance d'Albion; elle n'empêchera point qu'ils ne reconnaissent enfin des barrières

que leur orgueil n'osera plus franchir, et je pose la plume aux acclamations de la victoire,

Cæsar dum magnus ad altum

Fulminat Euphratem bello, victorque volentes
Per populos dat jura, viamque affectat olympo (1).

(1) Virg. Georg. lib. v.

FIN.

APPENDICE.

[N. I.er ]

II. IGOR (fils de Rurick).

vers 877. = 879.+ 945.

Il règne sous la tutelle de son oncle Olegh jusqu'en 913.
Sous ce règne, le siége de la souveraineté russe est trans-

féré à Kiow.

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(1) La différence qu'on peut trouver entre l'ordre numérique des souverains
que nous donnons, et celui de quelques historiens, vient de ce que nous ne
comptons pas comme souverains Olegh, Olga et plusieurs autres, qui n'ont
été que des régens de l'État.

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