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pas capable de commander une armée; sa bravoure n'était qu'une colère aveugle; il ne savait ni préparer la victoire, ni en profiter; son activité n'était qu'une humeur turbulente; sa prudence se bornait à des perfidies. Mais les vices de son fils firent oublier les siens (1): sa politique inquiète et jalouse va s'éclipser auprès de l'ambition audacieuse d'Iwan IV, et l'époque où nous sommes arrivés est une des plus mémorables de l'histoire de Russie.

Iwan Wassilievitz II, ou Iwan IV, était âgé de 1533. trois ou quatre ans, lorsque la mort de son père laissa le trône vacant. La régence de sa mère, la tutelle d'un triumvirat avide, offrent quatorze années d'anarchie, où le trésor du prince est dissipé dans des orgies, où le sang coule dans des proscriptions sans terme, dans des guerres sans honneur et sans résultat. Ne nous arrêtons pas à des détails étrangers à notre objet; passons même sur les désordres de la jeunesse d'Iwan IV. Accoutumé au spectacle de la débauche et des supplices, doué d'un caractère énergique et d'un tempérament ardent, il dut contracter de bonne heure cette férocité dont tout son règne a porté l'empreinte. Assez d'écrivains ont donné les détails affreux

ment qu'il ait donné au grand duc de Moscovie le titre d'empereur ou même de roi, dans cette circonstance. (Rerum Mosc. Comm. pag. 12 et 13.)

(1) Histoire universelle, trad. de l'anglais, liv, XXX, pag. 225.

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de sa vie privée (1); nous avons sur-tout à voir en lui le politique et le conquérant, les projets qu'il a conçus, la marche qu'il a suivie, l'influence de son génie sur sa nation et de son ambition sur les autres. Sous tous ces rapports, son règne n'est pas moins intéressant à considérer que ceux de Pierre-le-Grand et de Catherine II.

Venons donc à ce moment où, s'échappant des mains de ses tyrans, à peine âgé de quatorze ans, il assembla ses boyards et leur déclara qu'il allait régner (2).

Iwan se fit couronner par le métropolitain de Moscow; il prit la couronne qui avait servi à Constantin

Monomaque, cinq siècles auparavant ; il se donna tout1547. à-la-fois les titres de Tzar, de Povelitele et Samodertze

(empereur, autocrate et conservateur) de toutes les Russies (3). Jamais les Russes n'avaient été témoins d'une pareille solennité; jamais les souverains de Moscow n'avaient annoncé de si fastueuses prétentions.

Peu de temps après, il institua les Strelitz ou Streltsis, premier corps russe régulier formé sur le modèle des troupes européennes (4), et s'occupa sans

(1) Voyez sur tout l'histoire de sa vie, écrite Oderborn par Joannis Basilidis magni Moschovia ducis Vita, à Paulo Oderbornio trib. libris conscripta; in-fol., Francofurti, 1600.

(2) Leclerc met à cette occasion dans sa bouche un beau discours, qu'il est difficile d'accorder avec la conduite qu'il tint encore deux ans après. (Histoire de la Russie ancienne, tom. II, pag. 284.)

(3) Stralhemberg, tom. I, pag. 239.

(4) L'Antidote, 1770, p. 135,

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relâche des trois objets qui remplissent toute sa vie, la destruction de la puissance tartare, l'humiliation de la Suède et de la Pologne, et la civilisation de ses états. C'est dans cet ordre que nous allons suivre rapidement sa carrière.

Sous le règne de son aïeul, la puissance tartare avait reçu des échecs terribles, mais elle n'était pas anéantie. La grande horde n'existait plus; mais il en était sorti des rejetons. On venait encore de voir les Tartares de Kasan aux portes de Moscow; les Nogais étaient plus formidables que jamais... Astrakhan avait son khan particulier, et celui de la Crimée s'était déjà fortifié de la protection naturelle de la Turquie : c'en était assez pour occuper l'activité, l'ambition et le courage d'Iwan.

Ses premiers pas ne furent point heureux; la lâcheté de ses boyards et le soulèvement de ses soldats l'obligèrent de lever le siége qu'il était allé mettre devant Kasan: mais, comme le malheur est l'épreuve des ames fortes, ce premier revers irrita l'orgueil d'Iwan. II punit la rebellion d'une manière terrible. Une multitude d'officiers vint se prosterner à ses pieds: il leur avait promis leur pardon; mais, infidèle à sa promesse comme ils l'avaient été à leur devoir, il en tira une vengeance éclatante. Des soldats. mutins furent livrés à divers supplices, et leurs cadavres, traînés dans les rues, furent jetés dans la Moskowa (1).

(1) Joannis Basil. magni Mosc. ducis Vita, à P. Oderborn scripta, lib. 11.

Après ce coup d'état odieux, mais peut-être nécessaire, qui fit trembler le peuple et l'armée, Iwan reprit le chemin de Kasan. Les difficultés qu'il vainquit sont incroyables; il fut obligé de construire une ville pour en prendre une autre. Les Tartares d'Astrakhan et de Crimée se disposaient à marcher, son activité les prévint: 1552. son artillerie foudroya la ville (1) ; ce fut un spectacle nouveau pour les Russes, et une conquête importante pour le tzar. Aussi rapporte-t-on que, rendant grâces à Dieu de sa victoire, et. interprétant à sa manière un passage de l'Écriture sainte, il dit à ses boyards: « Le Seigneur enfin m'a fortifié contre vous » (2).

Tremblant au bruit de cette conquête, Abdoul, khan d'Astrakhan, prévint les desseins d'lwan, en se rendant son tributaire ; mais, à la mort d'Abdoul, Emourgei crut pouvoir refuser le tribut, et la prise d'Astrakhan fut le prompt résultat d'un refus inconsidéré.

1554. Ici, comme dans plusieurs circonstances de ce règne, et par cette fatalité qui précipite la chute des états, les divisions et la défense mal combinée des

(1) Rerum Moscoviticarum Commentarii, pag. 3.

(2) Les auteurs de l'Histoire universelle disent que les habitans de Kasan furent réduits en esclavage et vendus dans les marchés publics comme de vils troupeaux. D'autres historiens assurent qu'en distribuant ses troupes sur leurs terres, Iwan leur ordonna de ménager les vaincus. Ce fait est d'autant plus probable, que Kasan est encore aujourd'hui un des gouvernemens de Russie où l'on trouve le plus d'anciennes familles tartares et libres. (Storch, tom. I, pag. 168.)

Tartares facilitèrent les succès d'Iwan. Ils avaient senti la nécessité d'arrêter le destructeur de Kasan; ils ne se présentèrent tour-à-tour que comme pour lui assurer de nouveaux triomphes : les Nogais semblaient applaudir à la victoire qui menaçait leur propre existence. Selim II, endormi dans les délices de son harem, se réveilla trop tard: il voulut reprendre Astrakhan; il y perdit une armée de quarante mille hommes, et la puissance russe fut solidement établie sur la mer Caspienne.

Iwan IV n'était pas tellement occupé de ses affaires avec les Tartares, qu'il ne jetât de temps en temps un œil ambitieux sur ses autres voisins. On avait vu son père abandonner les mêmes intérêts pour s'avancer en Europe. Iwan méditait la conquête de la Finlande et de la Livonie, où la trève de cinquante ans allait expirer, et là, comme à l'orient, la mésintelligence et la jalousie lui préparaient des avantages.

La Suède avait alors pour roi Gustave Wasa; la Pologne, Sigismond Auguste; tous deux nés pour l'honneur de leur nation et de leur siècle, tous deux doués des qualités nécessaires à ceux qui sont appelés à gouverner les hommes, tous deux voyant avec inquiétude les progrès de la puissance russe. Gustave avait eu, comme Iwan, le malheur pour premier maître ; il avait délivré son pays du joug de Christiern. Il fit connaître aux étrangers de quel poids la Suède pouvait être dans Europe sous un prince éclairé : son courage étais:

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