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» seulement quelques nations, mais comme une mul« titude de nations, avec des variétés telles, que la plus longue domination n'a pu les effacer. >>

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Cette opinion, résultat naturel d'une suite d'observations judicieuses, montre l'absurdité des raisonnemens dont quelques écrivains ont flatté la vanité des Russes, en leur donnant une origine immémoriale, et en considérant les vastes accroissemens de leur empire comme la reprise légitime de ses anciennes possessions; tandis que c'est un immense édifice, construit pièce à pièce, ouvrage incohérent de l'ambition de ses princes et des caprices de la fortune.

D'ailleurs, ce n'est point chez les Russes qu'il faut chercher les premiers monumens de leur histoire; leur plus ancienne chronique date de la fin du XI. siècle (1). Elle ne rapporte les faits des siècles précédens que sur la foi des récits étrangers; et voici ce qu'ils offrent de plus probable sur l'origine de la puissance russe.

Vers le temps de la grande invasion des Huns,

distincte; encore Storch ne comprend-il dans ce calcul ni les différentes branches des Russes, ni celles des Kalmoucks et des Tartares, ni les peuplades alliées des Ostiaks du Jenissei. (Tableau de la Russie, tom. I, pag. 238.)

(1) C'est celle de Nestor, moine à Kiow; elle commence à l'an 838, et finit à l'an 1113. Schloetzer la regarde comme un ouvrage unique dans son espèce, pour son exactitude et sa véracité; mais le savant Busching dit que « ce n'est point un guide certain, quant » l'histoire ancienne de Russie.» (Introduction à la géographie de Russie, tom. I, pag. 65.)

à

plusieurs peuples répandus depuis les montagnes de l'Illyrie jusque sur les côtes de la mer Baltique paraissent tout-à-coup sous le nom de Slaves (1). Ce n'était peut-être que la désignation générique d'une grande association.... Les uns, établis au midi, fon dèrent, au milieu du v. siècle, la ville de Kiow; c'étaient des Slaves polonais (2): les autres avaient

(1) Le mot slave signifie gloire dans cette langue, dont les dialectes sont encore en usage en Russie, en Pologne, en Bohème. Les historiens ne sont pourtant d'accord ni sur l'étymologie du nom, ni sur les raisons qui le firent adopter par des peuples évidemment différens.

(2) M. dẹ Rulhières regarde Kiovie ou Kiew, ou plutôt Kiow, comme la première capitale de l'empire Russe. Il dit que ce fut une colonie fondée par la populace grecque, qui y porta sa dépravation, sa perfidie, sa superstition, ses bains de vapeurs (a). Ces hypothèses sont plus ingénieuses que solides : il les rapporte sur la foi de Cromer, évêque de Warmie, lequel écrivait au XVI. siècle. Mais la tradition qui attribue la fondation de Kiow à des Slaves polonais, est plus authentique. La Chronique manuscrite de Théodore, abbé de Kiow, dans le XII, siècle, lui donne pour fondateur un prince polonais nommé Kiew. Que ce soit un prince ou un batelier, comme disent d'autres chroniques suivies par Lévesque, cette opinion est plus vraisemblable que celle de Leclerc, qui regarde les Russes comme une colonie de Huns établie sur les bords du Borysthène (b). Enfin, qu'on place les anciens Roxolans ou Ruthéniens du côté de Kiow ou vers Novogorod, il n'en reste pas moins prouvé que ces deux pays ont été séparés jusque vers la fin du IX. siècle; il faut consentir à choisir entre ces deux villes pour en faire le berceau de la monarchie russe.

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(a) Histoire de l'anarchie et du démembrement de la Pologne, par Rulhières, pag. 72.

(b) Histoire de la Russie ancienne, par Leclerc, tom. 1, pag. 82.

tom.

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$62.

établi, sur les bords du lac Ilmen, une espèce de république fédérative, dont le siége fut d'abord à Slavensk, puis à Novogorod.

If nous importé peu de savoir aujourd'hui si, dans ces temps reculés, les Slavés de Kiow payaient tribut à des peuples de race tartare établis sur les côtes de la' mer Noire, ni ceux de Slavensk aux Varaigues, habitans des côtes de la Baltique, membres de cette grande famille gothique qui poussait, dans le même temps, ses conquêtes et ses ravages en Angleterre, en France et en Hollande.... Nous passons à des faits moins douteux et plus importans.

Vers le milieu du 1x.° siècle, la républiqué slave du Jac Ilmen, déchirée par les troubles, appela, pour la gouverner, un prince varaigue, nommé Rurick. Régnat-il par le consentement de tous, ou bien son élévation fut-elle l'ouvrage d'une faction! c'est ce qu'il est aussi difficile de décider, que la question de l'établissement des Francs dans les Gaules.... Peu après son arrivée, il partagea l'État entre lur et ses deux frères Sinaf et Trouvor. Il donna des terres à ses capitaines; il traita ces provinces comme un pays de conquête. Après la mort de ses frères, il réunit les possessions qu'il leur1 avait données... Sa domination s'étendait entre les lacs Ladoga, Onega, Bielo-Özeroi, Ilmen et Peypus (1). Il en fixa le siége à Novogorod : c'est le vrai noyau

(1) Leclerc, Histoire de la Russie ancienne, tóm. I, pag. 88-92..

de l'empire Russe ; il faut le placer là où régna le fondateur (1).

Kiow suivit bientôt le sort de Novogorod. Quelques chroniques disent que Rurick y envoya Oskold, fils de sa première femme, pour s'en emparer; d'autres rapportent que deux seigneurs varaigues, mécontens de Rurick et voulant se soustraire à sa domination, emmenèrent leurs vassaux et s'établirent à Kiow, où ils restèrent jusqu'à ce qu'Olegh, oncle et tuteur du fils de Rurick (2), vint les y attaquer. Sa victoire fut le fruit de la trahison autant que du courage; il fit massacrer ces deux infortunés. C'est de cette époque 883. que le siége de la puissance russe fut établi à Kiow, et que la contrée nouvellement soumise fut appelée petite Russie: les deux récits, contradictoires dans les premiers faits, s'accordent à regarder Kiow comme un pays de conquête.

On n'attend pas de nous qu'au milieu de ces temps obscurs, des contradictions des vieilles chroniques et des

(1) Heidestein, de bello Moscovitico, lib. 1, pag. 332. Storch comprend dans la domination de Rurick les pays actuellement connus sous le nom de gouvernement de Revel, Riga, Polotsk, Pscoff, jus. qu'à Wolodimer et Arkhangel (Tableau de l'empire de Russie, tom. I); mais ce savant écrivain en statistique ne fait pas autorité en histoire. On verra par la suite les princes russes faire des découvertes ou des conquêtes dans ces pays où Storch veut d'abord établir leur puissance.

(2) Voyez, pour la succession des souverains russes, l'Appendice ; Table chronologique, n.o 1.

opinions des critiques modernes, nous suivions pas à pas l'ordre des événemens, ou de la succession des princes russes. Des historiens français ont rempli cette tâche laborieuse (1): on peut les consulter. Pour nous, il nous suffit de considérer l'élévation de la puissance rússe, les causes et les effets de ses succès ou de ses revers, son caractère moral ou politique, son influence dans les affaires générales de l'Europe, le résultat de ses efforts pour sa propre civilisation; et dans le cadre étroit que nous nous sommes prescrit, la sécheresse des détails chronologiques détruirait tout l'intérêt du tableau.

C'est une partie curieuse à considérer dans l'histoire de la Russie ancienne, que les incursions des Russes dans l'empire Grec. Les chroniques de Byzance rapportent la première à l'année 851. Si elle est vraie (2), elle ne peut être attribuée qu'aux Slaves de Kiow, puisque Novogorod était alors livrée aux désordres de l'anarchie. La seconde expédition, plus certaine, est de l'année 864... Olegh, après avoir conquis Kiow, descendit, avec deux mille bateaux et quatre-vingt mille combattans, vers Constantinople. La faiblesse de l'empereur Léon lui fit acheter à prix d'or la paix et le départ des Russes; c'était les inviter

(1) Lévesque, Leclerc, Lacombe, &c. &c.

(2) Leclerc doute qu'elle ait eu lieu. Voyez les raisons qu'il en donne, Histoire de la Russie ancienne, tom. I, pag. 101 et 102.

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