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avec acharnement la guerre en Livonie. On y vit des dévastations où la cruauté des Russes se surpassa (1). Il serait injuste d'imputer ces excès à Iwan seul : l'expérience de tous les siècles prouve qu'ils sont dans le génie des soldats qu'il commandait.

Mais des circonstances nouvelles devaient mettre un terme aux succès d'Iwan IV. La Pologne venait de

(1) Voici comment un historien contemporain (a) décrit cette expédition :

Hic igitur tam vastus et barbarus exercitus (Moschorum) octavo post Epiphaniam die Torpatensem diæcesim invadit, duorumque milliarium latitudine incedentes omnia vastant, diripiunt, despoliant, deprædantur ædes et pagos et cuncta obvia incendio, homines et pecudes gladio sustollere, jugulare, trucidare, evertere; sursum deorsumque omnia jactare; non ætati, non sexui parcere; non gemitu, non luctu, non clamore et ululatu pereuntium emolliri; omnia ibi cædibus, sanguine et incendio inundare, confligere et conflagrare. Pueros infra decimum annum necant: qui intra decimum et vigesimum annum constituti, Tartaris velut mancipia venduntur: qui vigesimum superabant universi nullâ miseratione trucidantur... &c. &c.

Arrêtons-nous, la langue française manque d'expressions pour rendre toutes ces horreurs; la traduction n'en donne qu'une faible idée.

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Cette immense et barbare armée (des Moscovites) envahit le » diocèse de Dorpat.... Marchant sur une ligne de deux milles de largeur, elle livre les maisons et les bourgs au pillage et aux flammes, » les hommes et les bestiaux au tranchant du glaive. Les Moscovites » reviennent plusieurs fois dévaster ce qu'ils ont déjà ravagé : ils n'épargnent ni le sexe ni l'âge; ils ne se laissent toucher ni par les pleurs, ni » par les gémissemens; enfin la contrée n'offre bientôt plus qu'un vaste » incendie dans un déluge de sang... Les enfans au-dessous de dix » ans sont égorgés ; ceux de dix à vingt ans sont vendus comme es> claves aux Tartares: le reste est massacré sans pitié... &c. ›

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(a) Historia belli Livonici....... &c., per Tilmannum Bredembachium conscripta, in-fol Francofurti, 1600, pag. 230.

couronner Etienne Battori. La Suède avait acquis le brave Pontus de la Gardie, simple gentilhomme languedocien, qui devint gendre du roi Jean III... Les deux rois se liguent plus étroitement. Pontus est victorieux par-tout: Étienne Battori chasse les Russes de la Livonie, les poursuit jusque dans Pololsk, et leur donne des exemples de courage et de générosité (1). Les Tartares de Crimée viennent jusqu'aux portes de Moscow. Effrayé pour la première fois, Iwan voit chanceler son trône, desire la paix, n'ose la demander lui-même, cherche un médiateur et ne trouve pas dans toute l'Europe de souverain qu'il juge devoir être plus favorable à ses intérêts que le pape Grégoire XIII.

C'était bien moins un effet de la bizarrerie de son caractère qu'un moyen .ordinaire de sa politique. On avait déjà vu plusieurs princes russes invoquer l'appui des papes, toujours empressés de se rendre à leurs voeux, parce qu'ils se flattaient toujours de recouvrer le vaste empire que l'église romaine avait perdu presque aussitôt qu'elle l'avait conquis. Grégoire XIII n'hésita point à répondre aux vues d'Iwan : il chargea de cette double mission Antoine Possevin, le plus habile et le plus délié des jésuites d'alors. Ce médiateur avait déjà soutenu les intérêts du pontife dans plusieurs cours de l'Europe. II avait étudié la nature et les ressorts du gouvernement moscovite, les mœurs du peuple, le caractère du tzar,

(1) Reinoldus Heidestenius, de bello Moscovitico, &c., Basiliæ, 1588 -Leclerc, Histoire de la Russie ancienne, tom. II, pag. 342.

l'esprit des courtisans, la religion du pays et l'état du clergé russe... Il fut reçu avec toute la pompe qu'une cour barbare pouvait offrir. D'ailleurs, toute son adresse échoua contre l'opiniâtreté des Russes en matière de religion; mais la nécessité lui procura la gloire de réussir dans la négociation politique. La paix fut conclue. Le roi de Pologne rendit les conquêtes qu'il avait faites sur les Russes. Iwan IV renonça à la Livonie et à la Courlande (1); il fit presque en même temps un 1582. accord avec le khan de Crimée et une trève de trois ans avec la Suède. Ces trois traités déterminent les bornes du territoire russe à cette époque.

Pendant que le Nord était tout en feu par l'ambition d'Iwan IV, un événement moins remarqué par les historiens qu'il n'aurait dû l'être, le passage des Anglais dans la mer Blanche, leurs communications avec les provinces intérieures de la Russie, opéraient une espèce de révolution, et préparaient l'influence de leur politique et l'ascendant de leur commerce dans cet empire (2).

Sous le règne d'Édouard VI en 1553, le célèbre navigateur Sébastien Cabot avait été chargé de chercher un passage au nord-est pour aller à la Chine et aux

(1). Acta in conventu legationis serenissimi Poloniæ regis Stephani et Joannis Basilidis, magni Moscovia ducis, præsente Antonio Possevino de societate Jesu in nomine Gregorii XIII, Antoine Possevin a aussi laissé une relation de l'état de la Moscovie, que nous serons dans le cas de citer au chapitre suivant.

pont. max.

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(2) Tooke's View of the Russian empire, vol. II, pag. 474

Indes... Il s'avança jusqu'au 72. degré de latitude septentrionale; mais des quatre vaisseaux qui composaient sa flotte, un seul, échappé à des tempêtes furieuses, entra par hasard dans la mer Blanche et jeta l'ancre à l'embouchure de la Dwina, sur une côte alors presque déserte, près du monastère de Saint-Nicolas, à la place où fut depuis Arkhangel (1).

Richard Chancellor, qui commandait ce bâtiment, apprend qu'il est sur les terres de la Russie. Des voievodes viennent l'interroger sur le sujet de son voyage. Il répond qu'il est, venu pour lier des relations de commerce avec la Russie (2). Le tzar, informé de l'arrivée de ces étrangers, les fait venir à Moscow : il avait à se plaindre des villes anséatiques, il en voulait à tous ses voisins, et la haine générale qu'il inspirait est la première cause de l'accueil favorable qu'il fait aux Anglais.

Des négocians hollandais, alors à Moscow, vouJurent traverser la négociation de Richard Chancellor : ils représentaient la nation anglaise comme une bande de pirates. Leurs efforts n'empêchèrent pas qu'il n'eût une audience solennelle du tzar (3), et qu'il n'emportât

(1) Anglorum Navigatio ad Moscovitas, authore Adamo Clemente, Philippo II dicata.- Hackluyt's Principal Navigations of the English nation, &c. (2) Ibid. pag. 148 et 149.

(3) Ibid. pag. 477. Anglorum Navigatio ad Moscovitas, pag. 146, 148. Adam Clément, auteur de cette relation, se répand en éloges outrés sur la magnificence de la réception que le tzar fit aux marchands anglais. Dans son admiration, il va jusqu'à trouver la majesté du visage d'Iwan IV digne de la pompe qui l'environnait : Tanto fastigio digna. Il lui prodigue le titre de César des Russes, d'Empereur &c.

l'assurance que les Anglais trouveraient toute sorte d'encouragemens pour établir leur commerce en Russie. La lettre d'Iwan au roi d'Angleterre était en langue russe et accompagnée d'une traduction allemande.

Cette découverte inspira une satisfaction générale en Angleterre. Les navigateurs employés dans l'expédition de Sébastien Cabot n'avaient formé qu'une association privée ; la reine Marie les institua, par une charte expresse, compagnie des marchands aventuriers pour la découverte des terres inconnues (1). Richard Chancellor fit un second voyage en 1555; H présenta au tzar une lettre de Philippe et Marie (2), et, plus heureux encore que la première fois, il obtint en faveur des Anglais une permission générale de s'établir et commercer dans toutes les parties de la domination russe, avec exemption de toute espèce de droits, taxes et impôts (3).

gouverneur

(1) Cette charte, peu connue, même en Angleterre, est rapportée par W. Tooke, vol. II, p. 487. Elle nomme Sébastien Cabot de la compagnie; elle est datée de West-Monasterium [Westminster], 6 février 1655.

(2) Ibid. pag. 475.

(3) Cette pièce nous a paru trop importante et trop curieuse pour ne pas la donner avec les retranchemens qu'il sera possible d'y faire,

sans en altérer l'originalité.

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Iwan Wassilievisch, par la grâce de Dieu, Empereur de Russie (a), grand-duc de Novogorod, Moscovie, à toutes personnes qui liront ou entendront ces présentes, salut. D'autant que Dieu a placé dans les divers états et royaumes du monde diverses produc

verront,

(a) La vieille traduction anglaise, faite dans ce temps-là même, et rapportée par Tooke, porte le titre Emperour of Russia,

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