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de transport (1), et des présens considérables aux ministres russes; elle avait en outre à payer des droits au roi de Danemarck pour naviguer dans la mer du Nord, et relâcher dans les ports danois: mais la faveur particulière des tzars la soutint; et dès ce moment on peut regarder le commerce anglais comme dominant en Russie.

Quelques esprits supérieurs à leur siècle virent pour-, tant dès-lors les dangers de cette préférence. Ainsi Gustave Wasa avait engagé le roi de Danemarck à mettre des entraves à la navigation des Anglais, désormais intéressés à prolonger la guerre du Nord, pour troubler le commerce des villes anséatiques. Il représenta à toutes les puissances quel dommage il pourrait résulter pour elles de porter des armes à des barbares qui menaçaient l'Europe : il fit même à ce sujet des remontrances à la reine Élisabeth.... Elle répondit qu'elle ne pouvait empêcher ses sujets de naviguer par-tout où ils se croyaient appelés par leur intérêt; mais qu'elle leur défendrait de porter des armes aux Russes (2). Promesse illusoire ! La défense ne fut pas faite, ou bien elle fut violée.

Maintenant, on peut expliquer pourquoi Marie et Élisabeth, d'ailleurs si divisées d'opinions, se sont accordées à donner au tzar Iwan IV un titre que toutes les autres puissances de l'Europe contestaient encore cent cinquante ans après à Pierre I. Ce n'est pas d'aujourd'hui

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(1) Voyez le chapitre suivant, pag. 97 et 98.

(2) William Tooke's View of the Russian empire, vol. II, p. 165.

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que l'intérêt sait à propos modérer l'orgueil britannique. Ainsi la fière Élisabeth, caressant la férocité d'Iwan, l'encourageant à ravager le Nord, à braver la haine de ses voisins et de ses sujets (1), lui promettait, en cas de révolution, un asile en Angleterre (2); et voilà sous quels auspices furent établies les premières relations commerciales de la Grande-Bretagne avec la Russie!

La carrière sanglante d'Iwan IV s'était terminée par des revers. Forcé de renoncer à ses prétentions, il descendit au tombeau, rongé par les chagrins et dévoré par les remords. L'imagination est effrayée de la multitude

(1) Il est à remarquer que Th. Randolphe, cet ambassadeur anglais 'dont nous avons parlé, avait la plus grande influence sur l'esprit d'Iwan. Voici ce qu'en dit Oderborn : II (Iwan ) était si bien disposé en » faveur d'Élisabeth, qu'ayant reçu son ambassadeur dans la familiarité » la plus intime, il lui communiquait tous ses secrets, et se laissait, en » grande partie, gouverner par ses conseils. » Britannicæ autem reginæ adeò impensè favebat, ut et cum illius legato, in intimam familiaritatem recepto, arcana rerum liberali fiduciâ communicaret et magnâ ex parte consiliis ejus regeretur. (Joan. Basilid. Vita, pag. 317. Francofurti, 1600.)

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(2) Iwan avait si peu de confiance dans la soumission apparente de ses sujets, qu'il se fit donner par Élisabeth l'assurance qu'en cas de révoJution il trouverait un asile en Angleterre. Il était en même temps question de le marier avec lady Anne Hastings, fille du comte d'Huntingdon. La vérité de ces faits est constatée par des pièces originales existantes dans les archives du collége des affaires étrangères à Moscow. (W. Tooke, pag. 561. (Coxe's Travels, vol. I, pag. 294-296; ibid. vol. II, pag. 219.)Il n'est pas étonnant, dit Coxe, que monarque qui » demanda et obtint la promesse de trouver un asile en Angleterre, » dans le cas où il serait renversé du trône par une révolte de ses

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sujets, accordât à la compagnie ces priviléges qui, renouvelés à » différentes époques, équivalaient à un monopole absolu, »

des atrocités dont les historiens contemporains ont noirci sa mémoire (1)..... Notre plume s'est refusée à retracer cet affreux tableau. Mais, par une contradiction dont on trouve encore d'autres exemples dans l'histoire russe, ce même Iwan IV avait l'orgueil de vouloir policer ses sujets; il leur a même laissé des lois assez sages pour le temps et pour le pays (2); de sorte qu'en considé– rant le contraste choquant de sa conduite avec ses desseins, on est tenté de mettre en question, avec plusieurs écrivains, «< si c'était la tyrannie des princes russes qui » rendait la nation aussi sauvage et aussi féroce, ou si » la barbarie cruelle de la nation n'exigeait pas qu'elle >> fût gouvernée par des tyrans (3).»»

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(1) Coxe's Travels, tom. I, pag. 269 et 270. — Voyez l'Histoire du kniaz Kourbzkoï; mais sur-tout celle de Paul Oderborn, dont on peut juger par le début : Nemo unquam ab ulla hominum memoria, ex his qui regiâ dignitate et summi imperii fastigio claruerunt, vel majore crudelitate rel insigniori libidine, Joanne Basilide, adversus cives et exteros est usus, &c. &c. (Vitebergæ, 1585.)

(2) Le recueil de ces lois s'appelle encore chez les Russes, Soudebnick.

(3) C'est le sentiment du baron d'Herberstein, dont le caractère d'ambassadeur, le séjour qu'il fit à Moscow, les connaissances qu'il dut acquérir sur l'état de la nation, rendent le témoignage respectable.

Incertum est an tanta immanitas gentis tyrannum principem exigat, an tyrannide principis gens ipsa tam immanis tamque dura crudelisque reddatur. (Rerum Moscovit. Comment. pag. 11.)

Guagnini de Vérone, qui voyageait en Russie sous le règne d'Iwau, exprime la même idée :

Sed cùm ea tota gens Moschorum duci subjecta magis servitute quàm libertate gaudeat, incertum est an suis moribus conformem tantum tyrannum

Enfin, malgré les erreurs de son ambition et les violences de son caractère, Iwan IV laissait un empire plus vaste et mieux affermi qu'il ne l'avait trouvé..... Il avait tué, de sa propre main, un fils aîné qu'il chérissait (1). Il fut bien puni de son crime, en laissant le sceptre à un autre fils trop faible pour en supporter le poids.

Fodor, âgé de trente-cinq ans, n'hérita que du titre de tzar, Iwan lui avait donné, par son testament, un conseil de trois personnes, qui fut bientôt dissous. Boris Godounow, beau-frère du prince, s'était emparé de son esprit. Il envoie en exil ou à l'échafaud ceux qui lui disputent l'autorité. Il restait, du dernier mariage d'Iwan, un enfant nommé Dmitri : Boris rend la mère suspecte à Fœdor, et la fait reléguer à Uglitz avec son fils. Bientôt on apprend que Dmitri a été égorgé, que ses meurtriers ont péri, que la ville même a été livrée au pillage....; et le mystère qui couvre cet

exigant à quo insolentia eorum domaretur. (Moschovia Descriptio, pag. 183.)

Le prince Kourbzkoï, le détracteur le plus acharné d'Iwan IV, dit lui-même que les mœurs de la nation russe exigeaient un pareil gouvernement. Leclerc est de la même opinion. « La nécessité, dit-il, qui » entraîna ce prince au crime, prouve invinciblement que les punitions » les plus modérées étaient aussi impuissantes sur les Russes que les récompenses pour les encourager à la vertu. » (Histoire de la Russie ancienne, tom. II, pag. 330.)

(1) Paul Oderborn et Antoine Possevin ne s'accordent pas sur les circonstances principales de ce meurtre. (Voyez Oderborn, liv. III, pag. 310; Ant. Poss. Moscovia, pag. 17.)

Leclerc donne les deux récits, tom. II, pag. 348 et 349.

attentat va bientôt susciter des imposteurs, et précipiter la Russie dans d'horribles convulsions.

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En attendant, Boris touche au but auquel il aspirait depuis long-temps. Les uns disent qu'il fit empoisonner Fœdor; d'autres, que la mort naturelle de ce faible prince dispensa l'ambitieux de tenter un nouveau crime (1). Il nous importe peu de discuter un fait si commun dans l'histoire russe.

Fodor avait dormi quatorze ans sur le trône; il ne laissait point d'enfans: c'est en lui que la dynastie de Rurick a fini.

• Si les troubles et les malheurs des états ne présentaient souvent de grands exemples et de salutaires leçons, nous passerions sur cette longue anarchie, pendant laquelle le trône russe, disputé par des princes audacieux ou de vils imposteurs, semblait nager dans le sang d'un peuple stupide, superstitieux et féroce.... (2). Ces tableaux sont hideux, mais il faut faire connaître la nation dont on parcourt l'histoire.

Boris Godounow avait acquis le trône par un crime; il avait fait périr les témoins avec les assassins. Il semble qu'il eût voulu ensevelir cet horrible secret

(1) Coxe's Travels into Russia, vol. I, p. 323 et 324.

(2) « On ne voit à cette époque en Russie, dit Williams, que supplices, meurtres, empoisonnemens et autres atrocités de cette » nature. L'humanité, la religion et toute espèce de vertu sociale » étaient alors bannies de cette malheureuse contrée. » (The rise, progress, &c. of the Northern Governments, vol. II, pag. 51, 52.)

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