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était l'héritier présomptif de la couronne, ou bien elle devait retourner à la branche aînée des Romanow; mais, dans cette cour où les lois n'étaient respectées que quand elles étaient appuyées de la force, personne ne pensa au successeur légitime. Il fut question d'exclure du trône les descendans de Pierre I.", et c'est ainsi qu'auraient été récompensés les nobles efforts qu'il avait tentés pour faire de la Russie une nation (1). Le conseil souverain, le sénat, les généraux, s'assemblèrent. Quelques ambitieux, tels que les Dolgorouki, avaient rêvé une espèce de république oligarchique, à la tête de laquelle ils devaient mettre la duchesse douairière de Courlande, qu'ils croyaient trop heureuse d'accepter le titre d'impératrice aux conditions qu'on voulait lui dicter (2). Anne les accepta en effet; mais, bientôt après, une conjuration ourdie par ses partisans remit entre ses mains l'autorité absolue,

(1) Williams, The rise, &c. &c., tom. II, pag. 216.

(2) Mém. de Stralhemberg, tom. I, pag. 226 et suiv.— Mém. de Manstein, pag. 10-19. — Voici quelles étaient les conditions proposées par l'assemblée des oligarques et acceptées par Anne: 1.o l'impératrice ne gouvernera que d'après les délibérations du conseil souverain; 2.o elle ne fera de son chef ni la paix ni la guerre; 3.o elle ne mettra aucun impôt, et ne disposera d'aucune charge de conséquence sans l'agrément du conseil; 4.o elle ne punira de mort aucun noble, avant qu'il ait été convaincu d'un crime capital; 5.° elle ne confisquera les biens de personne; 6. elle ne pourra, dans aucun cas, disposer des domaines de la couronne, ni les aliéner; 7.o elle n'aura pas la liberté de se marier ni de se choisir un successeur, sans demander et obtenir, sur ces points importans, l'agréme.: du conseil souverain, &c.

et la Russie tomba sous le despotisme inflexible de Biren, son amant, « esprit altier, ame féroce, qui » méditait froidement d'horribles cruautés, et préten» dait s'en justifier par la nécessité, disait-il, de traiter >> ainsi le peuple russe (1). »

Ne nous arrêtons point sur ces exécutions sanglantes et ces exils non moins cruels que les supplices, sur ces confiscations juridiques et ces proscriptions plus nombreuses que celles de Marius et de Sylla, où la vengeance et l'avidité spoliatrice se couvrirent trop souvent du voile de l'intérêt d'état. Biren semblait vouloir peupler les déserts de la Sibérie des débris de la noblesse russe; mais c'est son adm.istration politique qui doit sur-tout attirer nos regards.

On y remarque un phénomène unique dans l'histoire de Russie, et qui sort du système ordinaire de cette puissance, d'ajouter toujours de nouvelles possessions à l'empire,déjà le plus vaste de l'univers; c'est la renonciation que l'impératrice Anne fit, lors de son

(1) Ce Biren, qui gouverna la Russie pendant dix ans, était petit-fils d'un officier de la maison du duc de Courlande, Jacques III. Ses enfans entrèrent au service de Pologne et de Russie. Son petit-fils Ernest fut placé comme gentilhomme de la chambre à la cour de la duchesse de Courlande par la protection de Bestucheff, grand-maître, que Biren persécuta ensuite avec une ingratitude révoltante. C'est de là qu'il parvint à la faveur de la duchesse et à la dignité de premier ministre de Russie. Il prétendait être de la famille des Biron de France par un cadet qui avait passé en Courlande, dans les dernières guerres que l'ordre teutonique y avait soutenues. A son entrée chez la duchesse, il avait pris le nom et les armes de cette maison. (Mém. mín.)

avénement, aux provinces que Pierre I." avait conquises et s'était fait céder par la Perse. Mais leur possession était coûteuse et mal assurée ; il fallait y entretenir une garnison de trente mille hommes, et Thamas-Kouli-kan menaçait de les reprendre par la force. On eut l'air de les sacrifier à quelques avantages de commerce: on ne cédait réellement qu'à la nécessité.

D'ailleurs, d'autres événemens appelaient l'attention de la Russie à l'occident: le roi de Pologne, Auguste II, venait de mourir, et l'élection de son successeur occupait vivement le cabinet de Pétersbourg. Il se souvenait des instructions que Pierre avait laissées

en mourant.

Toute la Pologne voulait un roi polonais; elle tourna les yeux vers Stanislas Leczinski. C'était ce palatin de Posnanie, couronné trente ans auparavant par Charles XII, et qui, proscrit, presque errant en Europe, et faisant admirer dans ses revers une grandeur héroïque, avait eu l'inconcevable fortune de placer sa fille sur le trône de France; il fut élu d'une voix presque unanime, avant avant que l'influence des Russes eût alarmé la Pologne (1), et malgré l'argent et les promesses qu'ils avaient fait répandre, surtout en Lithuanie, pour affaiblir ce qu'ils appelaient le parti français. Deux évêques et quelques nobles

(1) Williams, The rise, progress and the present state of the Northern Governments, vol. II,

avaient protesté contre cette élection libre et ce vœu général, autant par le dépit de voir un candidat plus heureux (1), que par inimitié contre lui. Ils demandèrent des secours à l'impératrice Anne, qui n'attendait qu'une invitation pour faire entrer ses troupes en Pologne (2). D'un autre côté, les Polonais, indignés qu'un ambassadeur russe osât répandre publiquement la corruption et pratiquer des intrigues scandaleuses jusque dans le sein de la capitale, l'avaient obligé d'en sortir; et voilà sous quels prétextes on vit subitement une armée russe (3), sous les ordres du comte de Lasci, se répandre en pleine paix sur le territoire d'un État indépendant.

Si l'impératrice Anne s'était prononcée en faveur de l'électeur de Saxe, ce n'était pas qu'elle respectât les anciens engagemens de Pierre I." envers la maison électorale, ni qu'elle comptât beaucoup sur les forces de son allié; elle ne songeait qu'à détruire l'influence de la France, si nécessaire à l'indépendance des Polonais d'ailleurs elle avait fait prendre à son candidat l'engagement de lui céder solennellement

(1) Mémoires de Manstein, pag. 112 et 113. Nous citons de préférence les mémoires et souvent les propres expressions d'un général russe, afin qu'on ne puisse suspecter la vérité de ces récits, sur lesquels on peut d'ailleurs consulter Leclerc, Histoire moderne de Russie, tom. I, pag. 68-71; et Lévesque, tom. V.

(2) Mémoires de Manstein, tom. I, pag. 114. armée à 90,000 hommes.

(3) Ibid.

Leclerc porte cette

les districts déjà détachés de la Courlande pour son douaire, et de donner l'investiture de ce duché à celui qu'elle voudrait bien honorer de son choix. Tel était le prix auquel Frédéric-Auguste III obtint la protection

des Russes.

La Porte ottomane n'avait pas vu avec indifférence 'qu'au mépris du traité du Pruth, alors en vigueur, la Russie osât écarter, à main armée, du trône de la Pologne, un prince élu par les vœux unanimes de la nation; elle fit, dans cette occasion, plusieurs réclamations énergiques, accompagnées de démonstrations menaçantes: mais, comme celles-ci ne furent suivies d'aucun effort soutenu, elles ne servirent qu'à constater la faiblesse de la Turquie (1), qui perdit ainsi l'occasion de faire une guerre utile à la sûreté générale, et fut elle-même attaquée peu après dans une position moins favorable (2). D'un autre côté, le cabinet de Versailles, indécis, ne consulta pas assez l'intérêt commun et l'honneur personnel du prince. Dix vaisseaux de ligne eussent suffi pour battre la marine russe ou la tenir en échec dans le port de Cronstadt. Quinze à vingt mille hommes pouvaient défendre Dantzick, où s'était réfugié Stanislas, relever le courage des Polonais, le ressentiment des Suédois et l'indignation des Turcs. On se contenta d'envoyer à Dantzick trois régimens, dont le

(1) Politique de tous les cabinets de l'Europe, tom. III; Mémoires de M. de Vergennes, pag. 107.

(2) Mably, Droit public de l'Europe, Cuv. comp., tom. VI, p. 136. courage

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