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sur le plateau de la grande Tartarie (1): ainsi les jugemens par épreuves sont admis auprès du Kamtschatka, comme dans l'Aquitaine; les états des souverains sont distribués à leurs enfans; les fiefs, donnés d'abord comme de simples bénéfices, puis conférés à vie, entraînent le service et la servitude (2). Les grands feudataires agissent comme les premiers vassaux du prince. Sous le règne de Swiatopolk II, on voit des assemblées des grands boyards et du clergé comme nos cours plénières: mais quelques siècles s'écoulent, et les peuples n'ont plus la moindre ressemblance. Ici le sort de l'espèce humaine s'embellit et s'améliore par degrés; là les chaînes se resserrent, la nature se détériore, et la civilisation suit une marche inverse de celle qu'elle a prise dans le reste de l'Europe. C'est un exemple unique dans l'histoire morale des peuples.

Nulle nation ne paraissait mieux placée que la Russie pour devancer les autres dans les arts, les sciences, les lettres et tout ce qui fait le charme et l'honneur des sociétés humaines. Au nord, le commerce florissait d'une manière assez remarquable pour ces temps barbares, à Novogorod. Des négocians des villes anséatiques et de toute la Germanie venaient y échanger leurs marchandises contre les productions de la Russie. Depuis que

(1) Histoire des peuples soumis à la domination de la Russie, par Lévesque, tom. I.

(2) Montesquieu, Esprit des lois, liv. XX. Antidote, 1770,

P. 170, 171, 172.

le siége de l'empire Russe avait été transporté à Kiow, Novogorod avait recouvré une espèce d'indépendance. Au milieu des agitations qui la divisent et des guerres qu'elle a fréquemment à soutenir contre ses voisins ou contre les princes russes eux-mêmes, elle paraît plutôt choisir que recevoir ses souverains, et son commerce se soutient toujours au milieu des troubles politiques. C'est de sa richesse autant que de sa population que l'on disait dans le Nord: « Qui pourrait s'attaquer à » Dieu et à la grande Novogorod? » Cette prospérité, ce concours d'étrangers, semblaient annoncer le perfectionnement prochain de la société ; mais une espèce de fatalité y repousse le bienfait ordinaire du commerce.

Au midi, la Russie se trouvait dans une position encore plus favorable : dès les ix et x. siècles, elle porte ses armes à Constantinople; elle fait des traités avec les empereurs (1); elle établit des communications fréquentes avec les Grecs; elle en reçoit sa religion, la connaissance des lettres, des prêtres, des artistes dans tous les genres: le sang de Rurick se mêle plusieurs. fois avec celui des Césars (2). Il semble qu'on va voir

(1) Voyez ceux que rapporte Leclerc, d'après les chroniques grecques, celle de Nestor (Histoire de la Russie ancienne, tom. I, pag. 111 et 124.)

(2) C'est même un préjugé que de considérer les anciens princes russes comme tout-à-fait étrangers à ceux de l'Occident, quoique des circonstances extraordinaires les aient comme mis hors du cercle des puissances européennes. Outre leurs relations et leurs alliances

éclore en Russie les germes heureux dont Byzance est l'unique dépôt. Quelques princes même, tels que Wladimir et laroslaw, font des efforts sur le caractère national cependant, malgré les encouragemens et les exemples, les arts restent dans les mains des étrangers, les mœurs se corrompent sans se polir (1); le naturel russe semble étouffer la civilisation naissante, ou bien il n'en retire que des pratiques superstitieuses et le goût d'un luxe bizarre associé aux habitudes de la barbarie.

Dans le même temps, une révolution contraire s'annonce à l'autre extrémité de l'Europe. Ces fiers croisés que la voix de la religion éplorée, que l'ardeur inquiète de la gloire avaient précipités sur l'Asie, rapportent du champ de leurs exploits les étincelles du feu sacré qui rallume dans l'Occident le flambeau des arts désormais éteint pour l'Orient. Nos chevaliers ignorans furent éblouis des magnificences de la cour de Constantin; mais leur admiration ne fut point stérile, comme avait été celle des soldats d'Igor ou des

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avec l'empire Grec et la Pologne, ils en ont eu avec Rome, où Isiaslaw, chassé de ses états, alla chercher un asile, et même avec la France, où une fille d'laroslaw vint partager, au X1.° siècle, le trône d'Henri I.er (Voyez Hist. de France par Velly, tom. II, p. 383.) (1) Nous remettons à tracer le tableau des mœurs après la 3. période, et celui de la religion au chapitre XI de cet ouvrage... Ceux qui voudraient connaître le culte religieux des Slaves, peuvent consulter 'Histoire générale du Nord, de Schloetzer; celle de la Russie ancienne par Leclerc, tom. I, pag. 179 - 224, &c.

envoyés de Wladimir. L'Italie, la France et l'Allemagne en recueillirent les fruits: bientôt les mœurs se sont adoucies, les arts perfectionnés, les gouvernemens améliorés, et l'espèce humaine ennoblie jouit encore des résultats de cette belle conquête.

CHAPITRE II.

La Russie sous le joug des Tartares (1).

1213. LA mort de Wsevolode III, le partage de l'empire

entre ses enfans, l'indépendance affectée par d'autres princes de la maison de Rurick dans leurs petits états, avaient livré la Russie à des dévastations nouvelles; Joury ou George II, à peine en possession de la grande principauté de Wolodimer, avait encore la guerre à soutenir contre les Suédois et les grands Bulgares; enfin, l'anarchie intérieure, le ressentiment des peuples voisins, et sur-tout la faiblesse du prince,

(1) Des écrivains distingués ont cherché à faire adopter des changemens dans le nom de quelques peuples de l'Asie. Ainsi, ils ont écrit Tatars pour Tartares; Moungales pour Mogols; Tchercasses pour Circassiens, &c. La raison qu'ils en apportent, c'est que les noms modernes sont plus près de celui que les nations se donnent dans leur propre langue. Nous n'en contesterons pas la justesse mais, s'il fallait absolument sacrifier l'usage et même l'harmonie de notre langue aux rigueurs de l'étymologie, alors nous devrions commencer par dire London au lieu de Londres, Mentz au lieu de Mayence, &c., et faire ainsi de tous les noms que nous avons pour ainsi dire naturalisés dans notre langue... Nous ne savons si l'histoire ou la géographie gagneraient beaucoup à ces innovations; mais nous nous permettrons de continuer à nous servir d'expressions qui, depuis si long-temps vulgaires, sont encore plus harmonieuses que les nouvelles. Les écrivains anglais, W. Tooke et le D. Clarke, nous en ont donné l'exemple, et ce n'est pas faute d'érudition qu'ils se sont tenus à l'ancien usage,

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