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faisaient prévoir une crise prochaine, lorsque l'État fut frappé d'une catastrophe terrible: nous voulons parler de l'invasion des Tartares-Mogols (1). Il faut essayer de les faire connaître.

Si l'on tire une ligne irrégulière de l'extrémité septentrionale de la mer Caspienne, d'un côté, jusqu'aux frontières de la Chine, de l'autre, en suivant la ligne des monts Ouralls jusque sous la zone glaciale, on sefera une idée de cette vaste région tout-à-fait inconnue aux Grecs et aux Romains, qu'ils avaient désignée sous le nom de Scythie asiatique, et que les modernes, qui ne l'ont guère mieux connue jusqu'au XVI. siècle, ont nommée presque aussi vaguement la grande Tartarie, immense espace où cent peuples nomades se sont successivement

de

(1) Nous nous servons d'abord, et pour cette fois seulement, cette double dénomination, pour éviter l'erreur où sont tombés tous ceux qui ont voulu attribuer cette invasion exclusivement soit aux Mogols, soit aux Tartares, peuples bien différens de race, de mœurs et de langage. Les chefs étaient Mogols, sans contredit; mais une partie des soldats, recrutés par Gengis-khan et ses successeurs dans les pays qu'ils avaient soumis, étaient Tartares : ce fait est incon testablement reconnu.

D'ailleurs, nous ne pouvons donner dans cet ouvrage qu'un aperçu général et rapide sur l'origine de ces deux peuples. Ceux qui voudront des détails, peuvent les aller chercher dans les historiens origi naux tartares, chinois, arabes et persans; dans l'Histoire des Huns, des Turcs et des Mogols, par M. de Guignes; dans les Histoires de Russie de Leclerc et de Lévesque. On les trouve encore éclaircis par une critique judicieuse dans le Tableau de l'empire de Russie, par Storch, et dans le Précis de la Géographie universelle, de M. Malte-Brun, 1 vol.

établis, combattus, confondus, dispersés ou détruits long-temps avant que l'Europe soupçonnât leur existence; inépuisable réservoir d'où furent vomis ces torrens destructeurs de l'antique civilisation, les Huns, les Avars, les Alains, et cette innombrable famille Turque, dont les Tartares ne sont qu'une branche (1), et dont les Turcs d'aujourd'hui sont eux-mêmes une tribu sortie du mont Imaüs. Nous ne nous occuperons pas de ceux qui conquirent la Perse, renversèrent le califat et l'empire des Arabes; mais seulement de ceux qui soumirent la Russie.

Leur nom n'y était pas inconnu: on a déjà vu trois de leurs tribus successivement établies sur les frontières russes. Il n'y restait plus, au commencement du XIII.° siècle, que celle des Polovtses (2); cependant les Tartares du centre de l'Asie avaient été attaqués et soumis par les Mogols, autre famille innombrable située à l'est et au nord, dont les querelles ou les victoires avaient peut-être jadis occasionné la grande émigration des Huns.

(1) Histoire généalogique des Turcs, par le khan Abulghasi-Bayadour. On a beaucoup disserté sur l'étymologie du nom des Tartares ou Tatars. Les uns veulent qu'il vienne des Chinois, qui appellent indistinctement tous leurs voisins Tata ou Tadsé; les autres, du nom d'une divinité des Yakouths; Abulghasi, d'un général turc dont la horde prit le nom pour lui faire honneur. Cette conjecture est la plus vraisemblable. C'est ainsi que dans la suite on voit Nogai et Usbeck donner leurs noms à la horde dont ils étaient chefs. Voilà comme les Ottomans ont pris le leur d'Othman: cet usage paraît général dans l'antique famille des Turcs.

(2) Voyez chap. 1.er, pag. 9.

Quoi qu'il en soit, l'histoire de ces Tartares n'excite notre attention qu'au moment où ils cessent d'être une nation indépendante. Partagés sous les drapeaux mogols, c'est par une fatalité bien étrange que leur nom seul a été souillé des ravages qui ont marqué les traces communes de ces deux nations, tandis que la postérité n'a conservé des Mogols que la renommée de leurs victoires et de l'établissement d'un vaste empire.

Un seul homme changea le destin des Mogols et rendit leur nom fameux par toute la terre.

Temougin, fils d'lessoukay-Bayadour, n'avait que treize ans lorsque la mort de son père le rendit chef d'une horde de quarante mille familles. Ses vassaux méprisaient sa jeunesse, ils lui refusaient le tribut: il les réduisit à l'obéissance, et l'éclat de ses premières victoires alluma dans son cœur la passion impérieuse de la gloire. A la faveur de querelles qui s'élevèrent entre différentes hordes, il parvint à se rendre le khan le plus puissant de la Mongolie. Dans une espèce de diète tenue aux sources de l'Onon, pareille à ces cours plénières que les rois francs assemblaient au mois de mai, un khodsha ou sage lui annonça qu'il soumettrait la terre, et lui demanda, au nom de Dieu, de se faire appeler Tschinguis - khan (1): nous l'avons nommé Gengis-khan.

(1) La monosyllabe tchin, en langue mogole, veut dire grand ;

Ainsi ce conquérant s'ouvrit une nouvelle carrière, dans laquelle il subjugua, en moins de vingt ans, par lui-même ou par ses généraux, l'Indostan, la Perse, une grande partie de la Chine et de la Tartarie. Il avait divisé ses forces, grossies de tous les peuples qu'il avait soumis, en quatre armées; la première était dirigée contre l'Inde, la seconde contre la Chine, la troisième contre la Perse, la quatrième contre les pays situés au nord et à l'occident de la mer Caspienne: celle-ci est la seule dont nous ayons à suivre les traces.

Les Polovtses se flattaient en vain d'être épargnés par un peuple en partie descendu de leurs aïeux ils avaient hésité à secourir les Daghestans ou Alains qui se trouvaient au nord de la mer Caspienne, les premiers sur la route des Tartares... Pendant qu'ils balançaient sur le parti qu'ils avaient à prendre, ils furent eux-mêmes attaqués ; ils s'adressèrent alors à tous les princes russes; ils demandèrent des secours. Celui de Wolodimer se montra aussi imprévoyant que les Polovtses: ceux de Galitch et de Kiow furent plus prudens; mais ils commencèrent la guerre par un acte atroce, en faisant égorger les ambassadeurs tartares.

guis, qui fait le superlatif, désigne le plus grand de tous. C'est d'après la même étymologie que les Kalmoucks, qui parlent la langue originale des Mogols, donnent le nom de Tchinguis à l'Océan, pour désigner un espace d'une grandeur extraordinaire.

Après ce crime, il fallait vaincre : mais les princes russes furent vaincus, et la vengeance fut terrible... La bataille de la Kalka leur coûta la vie; les débris 1223. de leur armée furent poursuivis en désordre jusqu'au Dnieper, et les Tartares, las de carnage et chargés de butin, retournèrent par le Kaptschak (1) auprès de Gengis - khan, qui était alors dans la grande Buckarie.

C'en était fait dès-lors de la puissance russe, si le projet d'achever la conquête de la Chine et de l'Inde n'eût occupé le reste de la vie du conquérant: la mort l'arrêta dans ses desseins; mais ses fils ache

vèrent son ouvrage.

Dans le démembrement de son vaste héritage (2), le Kaptschak échut à son petit - fils Baati-khan ou

(1) Le Kaptschak ou Kiptschak, dont nous aurons souvent occasion de parler, fut ainsi nommé en l'honneur du fils d'un général, que sa mère avait mis au monde dans le creux d'un arbre. Il s'étendait de l'extrémité orientale de la mer Caspienne jusqu'au-delà de la mer Noire... C'est là que fut d'abord établie la grande horde, ou horde dorée, jusqu'à la scission des Nogais, &c. &c.

(2) Gengis-khan avait distribué ses états entre ses quatre fils, de la

manière suivante:

1.° Octaï devait avoir le Grand-Khanat, la Mongolie, le Tangut et les pays déjà conquis sur la Chine;

2.o Taulaï ou Touli, le Khorasan, la Perse et les conquêtes à faire dans l'Inde;

3.o Dschagatai, la grande et la petite Buckarie, le Turfan, le pays des Igours, et une partie de la Kalmouckie actuelle;

4. Baati-khan (son petit-fils, substitué à son père déjà mort), le

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