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1236.

Batou-Sagin, avec tout ce qu'il pourrait conquérir de ce côté de l'Europe.

Douze ans s'étaient écoulés depuis l'éloignement des Tartares; mais ils avaient gardé les défilés du Caucase comme une porte ouverte à des conquêtes futures. II semble que les Russes eussent pu prendre des précautions contre une invasion nouvelle; mais le grand prince de Wolodimer était un de ces souverains dont la faiblesse et l'imprévoyance annoncent la chute des empires.. . . . . Baati-khan avait déjà soumis, sur sa route, les Circassiens, les Avkasses, les Baskhirs; la capitale des grands Bulgares, Kasan, venait de tomber en son pouvoir, et George II ne pensait, dans Wolodimer, qu'à célébrer avec pompe les noces de ses deux fils. Les princes de Riæzan, menacés par une armée de six cent mille Tartares, et sommés de payer la dîme de tout ce qu'ils possèdent, lui demandent des secours : l'insensé leur fait répondre qu'il saura bien, par ses propres forces, repousser les téméraires qui oseront l'attaquer (1). D'autres princes russes s'endorment, comme lui, dans une folle sécurité.

Enfin, George s'aperçut de son erreur; mais les

Kaptschak ou les contrées situées au nord de la mer Caspienne, avec toutes les conquêtes à faire de ce côté de l'Europe.

Voltaire donne, dans son Essai sur les mœurs, &c. une autre distribution des états de Gengis; mais nous avons cru devoir suivre l'opinion des auteurs plus récens et plus versés dans l'histoire des Tartares et dans la statistique.

(1) Histoire de la Russie, par Lévesque, tom. II, pag. 53.

Tartares ne lui laissèrent pas le temps d'en prévenir les suites. Souzdal, Wolodimer et Moscow tombèrent 1238. noyées dans le sang de leurs habitans. Quatorze villes russes furent brûlées dans un mois, et George expia vainement ses torts par une mort honorable. Il fut enseveli sous les débris de son trône et les ruines de sa patrie.

Baati-khan, parcourant la Russie, brûlant et massacrant tout sur son passage, s'avançait vers Novogorod; il n'en était plus qu'à cent wersts (1). Cette ville n'offrait aucun moyen de résistance, quand tout-à-coup le vainqueur s'arrête, retourne sur ses pas, et reprend la route du Kaptschak. Les historiens sont embarrassés de trouver la cause de cette retraite imprévue : le peuple russe la célèbre encore comme un miracle.

Mais ce miracle ne sauva ni la Russie, ni même Novogorod, du joug et du tribut. Le vainqueur reprit bientôt après ses avantages, renouvela ses incursions, étendit et assura ses conquêtes. La plupart des petites principautés furent soumises; et Kiow elle-même, obligée de se rendre après deux mois d'une résistance désespérée, reçut un gouverneur tartare.

Alors on vit Iaroslaw II, successeur de l'infortuné 1243. George, aller faire hommage ou plutôt demander ses états au khan du Kaptschak. Il avait été devancé dans cette démarche humiliante par ses frères, qui, profitant

(1) Environ vingt-cinq lieues de France,

du malheur commun, sollicitaient la grâce de ne pas rester ses vassaux: mais le prince de Wolodimer conserva ce reste d'autorité sous le bon plaisir du khan, désormais distributeur des états russes et juge des querelles de leurs princes.

Ainsi fut établie cette souveraineté, qui dura plus de deux siècles et demi, que les Tartares ont appelée la grande horde; les Russes, la horde dorée : ainsi fut consommé l'asservissement de la Russie, plus par la bassesse et la cupidité de ses princes, que par le fer des Tartares. L'hommage fut suivi du tribut.

On ne peut déterminer quel fut d'abord ce tribut: il est à croire qu'il variait, au caprice des khans. Lors de la première invasion, le général mnogol avait demandé aux princes de Riæzan la dîme de tout ce que possédaient les seigneurs et le peuple. Les chroniques russes assurent qu'après la soumission d'Iarosław, Baatikhan voulut bien se contenter de simples présens: mais ce n'était là, suivant un usage commun dans l'Orient, que des tributs déguisés ; et d'ailleurs bientôt Bourgai, frère et successeur de Baati, en imposa de réguliers, perçus avec les formes les plus humiliantes (1): voilà ce qu'on ne peut pas contester.

(1) Le baron d'Herberstein dit, dans son Histoire, qu'à l'arrivée des ambassadeurs tartares, le grand prince était obligé d'aller au-devant d'eux hors de la ville, et de les entendre debout, tandis qu'ils étaient assis: sedentes stans audiebat. (De rebus Moscov. Comment. pag. 8.)

Voltaire ajoute (a) que « les grands princes étaient obligės de porter (a) Essai sur les mœurs &c., 1785, tom. ill, pag. 8.

L'orgueil tartare n'avait point encore été satisfait de la démarche qu❜laroslaw avait faite à la horde dorée. On exigea d'abord que son fils allât renouveler le même hommage aux pieds du grand khan, dans la capitale de l'empire Mogol. Ce voyage dura plus d'un an. Bientôt le grand khan mourut.... Iaroslaw reçut ordre d'aller lui-même féliciter le successeur d'Octaï. Il partit pour Karakoum, et ne revit plus sa patrie : il succomba aux fatigues de ce long voyage.

Qui pourrait penser qu'une autorité soumise à de pareilles humiliations dût tenter les enfans d'Iaroslaw? Ils s'arrachèrent pourtant, avec un acharnement féroce, les débris de ce triste héritage; ils invoquèrent le jugement du khan: c'était à lui de régler l'ordre de la succession. Ils disputèrent de bassesse pour obtenir son suffrage (1). Alexandre Newski l'emporta sur ses rivaux. Les Russes ont fait un héros de cet Alexandre : récapitulons les titres de sa gloire.

eux-mêmes le tribut à l'ambassadeur tartare, de se prosterner à ses genoux, de lui présenter une coupe de lait, et s'il en tombait sur le cou de son cheval, de le lécher. » D'autres nient, d'après les chroniques russes, que les grands princes se soient soumis à cet opprobre. Le témoignage de Voltaire est confirmé par le passage suivant, tiré de l'ancienne Généalogie des grands-ducs de Moscovie, extraite de leurs annales : Eâ verò potentia tantopere Tartari abusi sunt, ut, cùm legatos suos ad Moscovia principem mitterent, is ipsis obviam prodire, et pateram, equino lacte plenam, exhibendam offerre, et si quid in jubam equi deflueret, illud lambendo sorbere : in regiam verò introductos, nudato capite, sedentibus adstans, atque omni honore afficiens, audire cogeretur. (Genealogia &c.; Francofurti, 1600.) (1) Rerum Moscoviticarum Commentarii, pag. 6.

Jusques à lui, Novogorod ne s'était point soumise au joug des Tartares : il compléta leur ouvrage. Le tribut fut régularisé sous son règne, comme nous l'avons déjà dit. Après qu'il a rendu hommage à Bourgai, nouveau khan de la grande horde, on le voit ramener avec lui des officiers tartares, appelés baskaks, chargés d'évaluer les propriétés russes, d'établir et de lever les taxes. Alexandre veut être lui-même le gardien des baskaks, l'huissier des collecteurs (1). Les habitans de Novogorod, indignés, se soulèvent; ils ont pour les commander Wassili, fils d'Alexandre ; ils se mettent en mesure de résister à l'oppression étrangère. Mais Alexandre n'écoute ni la voix de la patrie, ni celle de la nature : à la tête des Tartares, il combat ses propres sujets; vainqueur, il poursuit son fils, le chasse au-delà de Pleskoff; il livre à des bourreaux le possadnik (2) de Novogorod; il fait couper le nez et les oreilles à un nombre considérable d'habitans; une foule d'autres expirent dans les supplices les plus douloureux, et l'ancienne capitale de l'empire est enfin réduite à payer le tribut aux Tartares.

Alexandre, n'osant ni venger ni délivrer sa patrie (3), voulait satisfaire son goût pour la guerre. Aidé des Tartares qui accompagnaient les baskaks, il tourna ses

(1) Leclerc et Lévesque, Hist. de Russie.

(2) Officier civil qui remplissait à peu près les fonctions des bourgmestres d'aujourd'hui dans les villes d'Allemagne.

(3) Histoire universelle, trad, de l'anglais, liv. XXX,

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