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Pour consommer cette violation du droit des gens, pour se donner le droit de soutenir la défection des Cosaques, Alexis crut qu'il était nécessaire de déclarer la guerre à la Pologne. Il ne trouva point de griefs plus graves à faire valoir, que des phrases offensantes relevées dans des ouvrages obscurs imprimés en Pologne, et l'omission de quelques-uns de ses titres dans des lettres ministérielles. On lui offrit, en vain, des réparations dont il était décidé à ne pas se contenter. Il demandait les villes de Smolensk et de Kiow, et la sanction de la défection des Cosaques. C'était payer bien cher l'audace d'un écrivain et la négligence d'un secrétaire. Mais enfin, après une guerre malheureuse, Casimir, attaqué d'un autre côté par la Suède, inquiété au dedans par les mécontens, fut contraint de céder aux prétentions d'Alexis (1): il avait déjà rendu la Livonie à la Suède (2); c'est alors que, persécuté par ses

réunion des Cosaques était une conquête dont la Russie devait tirer les plus grands avantages, &c......

(1) La trève de 1661, confirmée par le traité de 1686, reconnut la souveraineté du tzar sur les Cosaques de la rive gauche du Dnieper; mais il ne devait pas prendre sous sa protection ceux de la rive droite, ni entretenir ou favoriser avec ceux-ci de relation, d'association ou de figue...... D'ailleurs cette trève, conclue pour vingt-un ans, lui laissa toutes ses conquêtes, Smolensk, Bielgorod, Kiow, etc.

Les Mémoires de Stralhemberg disent que cette trève fut conclue par les boyards plutôt qu'Alexis ne l'eût souhaité; ce qui donnerait à penser que l'autorité du tzar était alors limitée. (Mémoires, tom. I, p. 94.) (2) Traité d'Oliva, 23 mai 1660.

sujets, mais digne d'un meilleur sort, abdiquant une couronne dont il venait de flétrir l'éclat, il vint ensevelir à Paris, dans un cloître, le chagrin d'avoir vu commencer la décadence de la Pologne (1).

Alexis avait profité de l'agression des Suédois sur la Pologne; mais il n'en voyait pas avec moins de dépit leurs prétentions et leurs dernières acquisitions. Il leur déclara la guerre ; il porta ses armes dans l'Ingrie, dans la Karélie et dans la Livonie; il prit Nienchantz, Derpt et Narva. Il fut contraint d'abandonner ses conquêtes; mais il sembla paraître dans ces contrées comme le précurseur de celui qui devait y fixer le siége de l'empire.

(1) Il n'est pas de notre sujet d'expliquer comment les divisions de la Pologne et de la Suède favorisèrent les prétentions des tzars. La Suède avait acquis un ascendant décidé dans le Nord depuis la paix de Westphalie. Cette influence, due à son alliance avec la France autant qu'aux victoires de Gustave-Adolphe, avait dicté le traité d'Oliva. La Pologne était alors fort humiliée...... Mais la Moscovie voulait les abaisser toutes deux. (Mably, Droit public de l'Europe, Œuvres complètes, tom. V, pag. 348.)

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L'abaissement si subit de la Pologne est une preuve déplorable des vices de son gouvernement. « A cette époque, dit un écrivain moderne, on eut des craintes que la Pologne n'éprouvât, dès-lors, » le partage qu'elle a subi un siècle après. Louis XIV chargea le » chevalier de Terlon, son ambassadeur en Suède, de concerter, » avec la régence, le moyen d'empêcher que, le roi de Pologne » venant à mourir, l'Empereur ne se fit nommer en sa place, ou » ne partageât ce royaume avec l'Électeur de Brandebourg et le Moscovite.» (Histoire de la diplomatic française, tom. III, pag. 316-318, 1.Te édit.)

C'est au milieu de mille obstacles qu'il jetait les fondemens de la grandeur de son fils. Son trésor était épuisé : il avait eu recours à des altérations de monnaies (1). Ses peuples s'étaient révoltés; un chef des Cosaques du Don, Stenko-Razín, s'était emparé d'Astrakhan et avait mis la capitale en danger; l'ambitieux Nicon, patriarche de Moscow, prétendait s'asseoir sur le trône à côté du tzar; il voulait décider de la paix et de la guerre (2). La fortune d'Alexis triompha de tous les périls: il vainquit les rebelles, il fit déposer le patriarche, il affermit l'autorité des tzars, il étendit les bornes de l'empire; il fit un recueil de lois appelé l'Oulagenié (3), lois toujours barbares, dont on retrouve pourtant encore aujourd'hui des traces dans la législation russe; il introduisit l'usage des armoiries dans les familles nobles; il mit une discipline plus régulière dans l'armée; il prit à son service des ouvriers étrangers, qui construisirent quelques petits bâtimens sur la mer Caspienne. Plus éclairé que ses prédécesseurs, il annulla le privilége exclusif du commerce anglais, et Passujettit, malgré les instances de Cromwell et de

(1) Il voulait donner à des monnaies de cuivre la valeur des monnaies d'argent, &c.

(2) Mémoires de Stralhemberg, tom. II, pag. 100 et 106.

(3) C'était le code d'Iwan IV avec quelques améliorations. On y retrouvait encore les mesures taxées, les nobles soumis au knout, &c. et mille autres vestiges de l'ancienne barbarie. (Histoire de la Russie ancienne, tom. III, pag. 83 et 97.)

1676.

Charles II, aux mêmes droits que celui des autres étrangers (1). Il voulait civiliser les mœurs de son peuple, ouvrir des relations avec les puissances du midi de l'Europe, joindre la mer Caspienne au Pont-Euxin. La mort ne lui laissa pas le temps d'achever tous ses projets (2): mais il avait rassemblé les matériaux d'un grand édifice; il laissa à son fils la gloire de l'élever.

Ce réformateur de l'empire, ce Pierre I.", si célèbre dans l'histoire russe, était pourtant encore loin du trône qu'il devait honorer: il n'était que le plus jeune des enfans d'Alexis.

Fodor, l'aîné des trois frères, marqua aussi son règne par des améliorations salutaires. Comme ses aïeux, il sentait qu'il ne pouvait policer son empire sans le secours des étrangers; il les y attirait à tout prix ; il les plaçait dans le conseil et dans les armées. La jalousie orgueilleuse des nobles russes ne les supportait qu'avec peine... Des boyards superbes, entêtés de l'ancienneté d'une origine barbare, ne pouvaient même se résoudre à servir sous des capitaines de leur nation, moins nobles, mais plus instruits qu'eux. Plus d'une fois leur fierté opiniâtre avait donné lieu à des scènes séditieuses (3). Fodor se fit apporter leurs titres

(1) Coxe's Travels into Russia, vol. II, pag. 223 et 225.
(2) Il mourut en 1676, âgé de quarante-neuf ans.

(3) Histoire de Russie, par Lévesque, tom. III, pag. 496 et 497; Histoire universelle, trad. de l'anglais, liv. XXX, pag. 270; Mém. de Stralhemberg, tom. II, pag. 132; Mém. de Manstein, &c. &c. &'c.

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et les brûla; mais il ne put détruire leurs prétentions. Il fut plus heureux dans ses entreprises contre les Cosaques Zaporogues. D'ailleurs, il fit contre la Turquie une guerre qui n'eut point de résultats importans; il conçut le projet d'une alliance offensive et défensive avec l'empereur d'Allemagne, qui la rejeta. Peut-être qu'avec une complexion moins faible, il eût laissé un nom plus célèbre. Quelques écrivains ont dit qu'il était incapable de conduire les affaires ; que tout ce qu'il fit de bien dans son règne était l'ouvrage de sa sœur et de son premier ministre Golitzin (1). Une preuve qu'il ne se conduisit pas toujours par leurs conseils, c'est que, voyant la santé faible et l'imbécillité d'esprit de son frère cadet Iwan, il appela, pour lui succéder, le plus jeune, Pierre, qui n'avait que dix ans, mais qui, dans un âge si tendre, annonçait déjà ce grand caractère dont son règne entier porta l'empreinte.

Sophie, sa sœur, cette princesse qui montra la première l'ascendant qu'une femme peut prendre sur les Russes, s'était flattée de régner sous le nom du faible Iwan. Elle vit à regret son exclusion, mais elle espéra le rétablir. D'ailleurs, Pierre était né du second mariage d'Alexis avec Nathalie Nariskin: Sophie redoutait l'influence de cette noble et nombreuse famille. Enfin elle se voyait tout près du trône, en cas qu'elle survécût à ses frères (2) elle osa donc

(1) Coxe's Travels, vol. I, pag. 72 et 73. (2) L'Antidote, pag. 133 et 134.

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