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n'était plus au timon des affaires. Catherine suivit le système de son époux, mais avec la faiblesse d'une femme dont la vie n'annonçait pas une longue durée. Son règne n'offre que deux choses à remarquer les affaires de la succession de Courlande, et le traité de Vienne.

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La Courlande, il faut le rappeler, passée sous la suzeraineté de la Pologne par la fameuse concession de Gothard de Kettler, avait été occupée par les Russes dans les dernières guerres du Nord. Dès cette époque, Pierre I. avait eu l'intention de la réunir, comme la Livonie, à son empire. Le dessein était encore prématuré mais, en attendant qu'il pût s'accomplir, il consentait à laisser encore ce duché dans la famille de Kettler, et il voulut en accélérer l'occupation par une alliance avec une princesse russe ; dans ce dessein, il avait donné sa nièce Anne Iwanowa en mariage au jeune duc Frédéric-Guillaume ( 1 ), alors sous la régence de son oncle Ferdinand. La mort inattendue du jeune duc (2) déconcerta encore les projets de Pierre... ... Comme il n'était pas issu d'enfans de ce mariage, Ferdinand, dernier prince de la race de Kettler, prit le titre de duc. Les Russes ne purent le lui contester; mais ils lui suscitèrent mille embarras, et, rentrant en Courlande sous prétexte d'assurer le douaire de la duchesse Anne, ils s'emparèrent, à ce

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titre, des meilleurs bailliages du fief, annonçant ainsi le dessein de s'emparer de la province entière (1).

Cependant la république de Pologne réclamait en vain ses droits. Les Courlandais, ne voulant point de Ferdinand, appelaient le célèbre comte Maurice de Saxe, fils naturel d'Auguste II et de la belle Königsmark; une régence administrait au nom du duc Ferdinand, retiré à Dantzick; et une commission consistoriale polonaise avait décidé, en 1717, que les ducs de CourHande absens seraient censés avoir abdiqué. Dans cette complication d'intérêts, Mentschikow imagina de se faire donner le duché de Courlande : les deux candidats qu'il présentait avec lui, n'étaient là que pour la forme (2). Enfin les États de Courlande furent forcés de casser l'élection qu'ils avaient faite du comte Maurice ; mais on ne put encore les résoudre à élire Mentschikow. La mort de Catherine, et la disgrace du favori sous le règne suivant, firent ajourner de nouveau la soumission, de la Courlande aux ordres du cabinet

russe.

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L'autre événement mémorable du règne de Catherine I. est le traité de Vienne (3). Cette alliance entre les cours de Pétersbourg, Madrid, Vienne et

(1) Mémoires manuscrits.

(2) C'étaient le duc de Holstein et le landgrave de Hesse-Hombourg. (ibid.)

(3) 9 août 1726. Mably, Droit public de l'Europe, Œuvres complètes, tom. VI, pag. 391.

Berlin, était dirigée contre la France, la Suède et le Danemarck. L'Angleterre elle-même s'y vit compromise par la réclamation de l'Espagne, et par le projet remis sur le tapis, de rétablir le prétendant (1). Cette alliance, dont il n'est résulté, pour la Russie, que l'avantage d'une intervention plus immédiate dans les affaires du midi, ne pouvait être utile à l'Autriche que contre la Porte ottomane, et dans le temps où cette dernière puissance s'avançait vers l'Europe; mais la Russie, qui s'était annoncée avec des prétentions plus hautes et des moyens plus dangereux, était bien autrement redoutable à l'Autriche, dont elle s'approchait peu à peu par ses usurpations en Pologne. En considérant le traité du côté de la Russie, le maréchal de Munich le regardait comme désavantageux à ses intérêts, en ce que la Russie, obligée de fournir des secours à la réquisition de l'Autriche, aurait à soutenir dix querelles étrangères, au lieu d'une seule pour son propre compte; mais, par cette raison seule, on connaît assez la politique russe, pour croire que Pierre I.er lui-même aurait conseillé cette alliance.

Plus heureuse que l'auteur de la loi de succession, Catherine I., jeune encore, mais avertie de sa mort (2)

(1) Histoire du ministère de Walpole, tom. I, pag. 397.

(2) Elle n'avait que trente-huit ans. Elle mourut, suivant quelques historiens, d'un ulcère au poumon, ou, suivant Leclerc, par l'effet d'un poison lent (Hist. mod. tom. I, pag. 21). Le fait est qu'il règne sur cette mort, comme sur celle de Pierre-le-Grand, une incertitude dont on retrouve bien d'autres exemples dans l'histoire de Russie.

par de longues douleurs, eut le temps de désigner son héritier; et ce fut Pierre II, fils de ce malheureux Alexis dont elle avait sans doute hâté la condamnation (1). Ce choix ne pouvait être qu'une réparation tardive. Si Pierre II mourait sans enfans, le testament de Catherine appelait au trône Anne Pétrowna, épouse du duc de Holstein, et sa postérité. Après Anne, était nommée la princesse Élisabeth, et enfin Nathalie, fille du tzarewitch Alexis (2).

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Comment Mentschikow put-il concevoir ou supporter l'idée de voir passer la couronne au fils d'un prince qu'il avait en quelque sorte conduit à l'échafaud, au petit-fils de cette Eudoxie qu'il tenait encore tout-àl'heure enfermée dans un couvent? S'était-il mis à l'abri de toute vengeance? était-il assuré de dominer le jeune prince, ou pensait-il à le sacrifier à un projet plus hardi, comme Boris Godounow avait fait du dernier rejeton de la race de Rurick? Les mémoires du temps ne laissent que des soupçons à cet égard (3). Quoi qu'il (1) » Telle était la méchanceté de la plupart des nobles russes, dit » Williams, qu'à peine cette déclaration fut-elle connue, ils conspi» rèrent contre elle et voulurent placer de suite Pierre Alexiowits sur » le trône.» (The rise, progress and present state of the Northern Governments, vol. II, pag. 207.)

(2) Mémoires de Stralhemberg, tom. I, pag. 225 et 226. Leclerc, Hist. moderne de Russie, tom. I, pag. 22 et 23.-Voyez l'Appendice : Tableau généalogique des souverains de Russie depuis l'avénement de la maison Romanow, n.o I.er, §. 2.

(3) Des mémoires particuliers manuscrits, qui nous semblent mériter confiance, disent que le testament de Catherine fut supprimé,

en soit, on le vit bientôt dissoudre le conseil de régence que Catherine avait établi, administrer seul, s'emparer de l'autorité suprême et de la personne même du prince, jusqu'à ce qu'une misérable extorsion de quelques ducats (1) fut la cause ou le prétexte de sa disgrace et de la chute d'un pouvoir que des proscrip tions cruelles et des malversations énormes, sous trois règnes, n'avaient jamais pu ébranler. Toutefois, il ne faut pas confondre Mentschikow dans la foule des cour. tisans célèbres qui n'ont eu d'autre mérite que la faveur du monarque. Mentschikow avait rendu de grands services à la Russie: Pierre-le-Grand l'avait nommé généralissime de ses troupes; il l'avait quelquefois chargé de l'administration de son empire: ce choix renouvelé

et que le comte de Wratislaw, ambassadeur de l'empereur Charles VI, Ostermann et Bassewitz, fabriquèrent, de concert avec Mentschikow, celui qu'on publia. Ce rapport semble ne pas s'accorder avec la dissolution du conseil de régence qui suivit bientôt après. Mais Mentschikow n'avait-il pas intérêt de ménager d'abord les complices qu'il crut ensuite devoir éloigner? Quoi qu'il en soit, cette anecdote fournit une donnée de plus sur cette cour, où les conjurations et les impos-tures ont été si fréquentes.

(1) Les maçons de Pétersbourg avaient offert une somme de 9,000 ducats à Pierre II. Il voulait l'envoyer à sa sœur par un chambellan, auquel Mentschikow ordonna de la porter dans son appartement, disant que le prince était trop jeune pour faire un bon emploi de cet argent. Ce propos, rapporté au souverain, décida la disgrace de Mentschikow, chez lequel on trouva, lors de son arrestation, pour trois millions de roubles en pierreries, bijoux, &c. Voyez, pour les détails de cette disgrace célèbre, les Mémoires de Stralhemberg, tom. I, pag. 226 et suiv.;-de Manstein, pag. 10, 19, &c. &c.

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