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comblé de ses bienfaits et assuré de ses dispositions favorables envers la France, Bestucheff avait peu à peu changé l'esprit de l'impératrice, et bientôt il suivit ouvertement la politique dont il attendait davantage pour lui-même. Il maintint l'alliance avec l'Autriche; il continua la guerre avec la Suède; il resserra les liaisons avec l'Angleterre. Après des négociations infructueuses, après des intrigues plus efficaces pour semer la division dans l'armée suédoise, après une longue suite de marches et de retraites, toujours précipitées, où l'armée russe donna mille preuves de son ancienne barbarie (1), les Suédois se trouvèrent enfin enfermés à Helsingforts, et réduits à capituler comme les Romains aux Fourches Caudines, mais sans pouvoir comme eux relever leur fortune.

En vain, pour détourner les effets de l'ambition russe, on s'occupa de faire revivre l'union de Calmar et d'offrir au roi de Danemarck la succession au trône de Suède. « Il était important pour toute l'Europe d'op» poser à la Russie une masse de puissance capable » d'occuper son ambition dans le Nord (2). » La Prusse,

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(1) Mémoires de Manstein, tom. II, pag. 233-236. Voyez sur-tout comment ce général raconte la rebellion des Russes contre les officiers étrangers employés dans leur armée. Cet orgueil de l'ignorance, dont on a déjà vu tant d'exemples, se manifesta, dans cette occasion, avec une fureur dont les excès font frémir. (Ibid.)

(2) Mably, Droit public de l'Europe, uv. compl., tom. VII, pag. 13 et suiv.

la Pologne et la Suède y étaient également intéressées; la fortune de la Russie dérangea cette sage.combinaison. La diète suédoise, effrayée, crut obtenir des conditions plus modérées, en offrant la succession de la couronne au jeune duc de Holstein Gottorp, neveu de l'impératrice. Mais celui-ci venait d'être appelé à la cour de Russie, et, pour son malheur, il avait accepté la succession d'Élisabeth. A son défaut, la diète de Stockholm jeta les yeux sur Adolphe-Frédéric, évêque de Lubeck, de la même maison de Holstein; mais cette condescendance n'empêcha point que dans le traité d'Abo, qui fut conclu bientôt après (1), la Russie 16 juin n'exigeât quelques districts de la Finlande, ainsi qu'une 174). alliance défensive tout-à-fait à son avantage, et qu'elle n'exerçât sur le gouvernement suédois une influence telle, que les Russes furent alors tentés de regarder la Suède comme une province de la Russie (2).

On sait que Louis XV n'aimait pas la Russie (3); c'était bien moins par le ressentiment d'avoir vu la Pologne enlevée à son beau-père, que par un effet

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(3) Le général Manstein, dit, dans ses Mémoires, qu'il avait été question de marier Élisabeth à Louis XV; que Pierre II en avait fait les avances et que la cour de France les avait éludées. On trouve des garans plus sûrs des sentimens de Louis XV sur la Russie dans les Mémoires de MM. de Vergennes, Favier, Tercier; dans la correspondance secrète de M. d'Argenson, &c. &c.

1756.

de cet esprit de réserve et de prévoyance qui le caractérisait. Mais que pouvait sa sagesse timide contre l'audacieuse politique du cabinet de Pétersbourg? Entré malgré lui, comme auxiliaire, dans la guerre de la succession de Charles VI, il crut devoir s'adresser à la modération personnelle d'Élisabeth; il lui demanda sa médiation par une lettre qui honorait le caractère des deux souverains (1); il imagina de lui renvoyer ce même la Chétardie pour qui elle avait des sentimens de bienveillance. Mais Élisabeth ne voyait plus les affaires par elle-même; les artifices de Bestucheff triomphaient de ses intentions généreuses: il osa renouveler sur un courrier français le crime commis dans le règne précédent sur le major Zinkler; il altéra les dépêches; il trompa indignement la bonne foi de l'impératrice; il fit renvoyer sous escorte, comme un prisonnier d'état, l'ambassadeur français, ce même homme auquel elle devait en partie sa couronne! << Depuis cette » affaire, dit le général Manstein, les cours de France » et de Russie ont toujours eu l'une pour l'autre une » espèce de froideur (2). » Était-ce assez pour venger un pareil attentat?

Une révolution nouvelle s'annonçait alors dans le système politique de l'Europe. Il serait trop long d'expliquer ici comment les querelles sur les limites

(1) Cette lettre est rapportée par Leclerc, Histoire de la Russie moderne, tom. II, pag. 192 et 193.

(2) Mémoires de Manstein, tom, II, pag. 313 et 314.

de l'Acadie servirent de prétexte à l'agression scandaleuse de l'Angleterre contre la France; comment des considérations d'un ordre nouveau firent conclure entre la France et l'Autriche ce fameux traité d'alliance de 1756 (1), sujet si rebattu de vaines discussions (2). L'inconvénient le plus réel de ce traité fut peut-être l'accession de la Russie (3), la part qu'elle prit à une guerre où elle devait être étrangère, le prétexte qu'elle y trouva de détruire l'influence française en Pologne (4), et de violer impunément le territoire de cette république par le passage continuel de ses troupes, et sur-tout la défiance naturelle que cette union éphémère de la Russie et de la France devait inspirer à la Porte ottomane (5). D'ailleurs, la paix que le traité de 1756 procura entre la France et l'Autriche, balançait-elle les

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(2) Voyez Politique de tous les cabinets de l'Europe, tom. III, pag. 160308.- Mémoires de M. de Vergennes. Doutes de Favier. Notes de M. de Ségur, &c. Vc.

(3) Recueil de Martens, sup., tom. III, pag. 33.

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(4) Il y avait alors un plan de soustraire les Polonais au joug de la Russie. Le comte de Broglie dominait à la diète. La Pologne allait se relever : mais, quand la France entra dans cette guerre, elle cessa de ́ regarder les Russes comme ennemis, et cent mille de ces barbares traversèrent la Pologne en maîtres. (Histoire de l'anarchie de Pologne, liv. III.)

(5) Le plus fort argument contre le traité de 1756 était, dit un écrivain distingué, que cette alliance ôtait à la France la confiance et l'amitié de la Porte. Il suffisait, pour en anéantir le mauvais effet, de garantir dans ce même traité (comme on l'à fait depuis) l'intégrité du territoire ottoman en Europe. (Politique de tous les cabinets, tom. III.)

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inconvéniens que nous indiquons! C'est une question affirmativement décidée par l'expérieuce et par les politiques les plus éclairés. On ne pouvait s'attendre que le résultat de cette guerre de sept ans serait d'augmenter la renommée militaire des Russes et l'ascendant de leur cabinet. Ils obtinrent des succès contre le premier ca pitaine de l'Europe (-1 ) ; ́ils pénétrèrent jusque dans sa capitale; dans le même temps, ils dominaient en Suède, en Pologne, et jusque dans le cœur de l'Allemagne ; la possession du Holstein leur donnait une voix à la diète de l'Empire et inquiétait la maison d'Autriche (2) ; en un mot, la politique russe allait toujours au but de Pierre I.", quoiqu'il n'y eût eu en Russie, suivant l'expression de Robert Walpole, « que des mino» rités faibles, ou des femmes plus occupées des dou» ceurs que des devoirs de la royauté (3). »

Cette guerre, dont les actions entrent moins dans notre sujet que les résultats (4), durait encore lorsqu'Élisabeth mourut, à l'âge de soixante-deux ans, dans 1761. les douleurs d'une longue maladie. Douce, bienfaisante, éclairée, la fille de Pierre-le-Grand tenait à son système, à ses engagemens. Elle en appréciait les avan

déc.

(1) Frédéric-le-Grand, roi de Prusse.

(2) Mably, Droit public de l'Europe, Œuvres complètes, tom. VII, pag. 113-115.

(3) Histoire du ministère de Walpole.

(4) On peut consulter, pour les détails de cette guerre, l'histoire composée par le prince qui en fut le héros, et l'ouvrage infiniment recommandable de M. le baron de Jomini sur le même sujet.

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